Tle Mathématiques Maths complémentaires BO spécial n°8 du 25 juillet 2019

Les suites arithmético-géométriques

Résumé de cours

Les suites arithmético-géométriques Mathématiques · Tle · Les Génies des Sciences · geniesdessciences.com

Un capital qui rapporte des intérêts pendant qu’on verse la même somme chaque année, une population qui croît de 2 % par an tandis que 500 personnes la quittent, un médicament dont l’organisme élimine 30 % entre deux prises : trois histoires différentes, un seul et même modèle. Toutes se traduisent par une suite arithmético-géométrique un+1=aun+bu_{n+1} = a\,u_n + b. Ce chapitre te donne une méthode unique, en trois étapes, qui fournit la formule explicite et la limite — c’est l’un des grands classiques des sujets de maths complémentaires.

Reconnaître le modèle

Une suite est arithmético-géométrique lorsqu’il existe deux réels aa et bb tels que, pour tout entier naturel nn :

un+1=aun+bu_{n+1} = a\,u_n + b

Deux cas particuliers que tu connais déjà : si a=1a = 1, la suite est arithmétique (on ajoute bb à chaque étape) ; si b=0b = 0, elle est géométrique (on multiplie par aa). Tout l’intérêt du chapitre, c’est le cas général, avec a1a \neq 1.

La méthode en trois étapes

C’est le cœur du chapitre — la même trame revient dans presque tous les exercices.

Étape 1 — Chercher la suite constante solution (le point fixe). Une suite constante égale à \ell vérifie la récurrence si =a+b\ell = a\ell + b, c’est-à-dire :

=b1a(a1)\ell = \frac{b}{1 - a} \qquad (a \neq 1)

Étape 2 — Poser la suite auxiliaire vn=unv_n = u_n - \ell et montrer qu’elle est géométrique. La démonstration tient en une ligne :

vn+1=un+1=aun+b(a+b)=a(un)=avnv_{n+1} = u_{n+1} - \ell = a\,u_n + b - (a\ell + b) = a(u_n - \ell) = a\,v_n

La suite (vn)(v_n) est donc géométrique de raison aa, de premier terme v0=u0v_0 = u_0 - \ell.

Étape 3 — Revenir à (un)(u_n). Comme vn=v0×anv_n = v_0 \times a^n, on obtient la forme explicite :

Forme explicite d’une suite arithmético-géométrique

=b1aetun=(u0)an+\ell = \frac{b}{1-a} \qquad \text{et} \qquad u_n = (u_0 - \ell)\,a^n + \ell

Le nombre ℓ est le « point d’équilibre » du modèle : si la suite démarre en ℓ, elle y reste. Et si 0 < a < 1, elle y revient, quel que soit son point de départ.

Exemple complet : u0=2u_0 = 2 et un+1=0,5un+3u_{n+1} = 0{,}5\,u_n + 3. Point fixe : =310,5=6\ell = \dfrac{3}{1 - 0{,}5} = 6. Alors v0=26=4v_0 = 2 - 6 = -4, donc un=64×0,5nu_n = 6 - 4 \times 0{,}5^n, et unu_n se rapproche de 66.

Les limites : tout repose sur ana^n

Pour une suite géométrique de raison positive qq, trois comportements seulement :

  • si 0<q<10 < q < 1 : qnq^n tend vers 00 (chaque multiplication rapproche de zéro) ;
  • si q=1q = 1 : qnq^n vaut toujours 11 ;
  • si q>1q > 1 : qnq^n tend vers ++\infty.

Conséquence directe pour un=(u0)an+u_n = (u_0 - \ell)\,a^n + \ell : si 0<a<10 < a < 1, alors an0a^n \to 0 et la suite converge vers \ell, quel que soit le premier terme. Si a>1a > 1, la suite s’éloigne de \ell (sauf si elle y démarre) : elle tend vers ++\infty ou -\infty selon le signe de u0u_0 - \ell.

La somme 1+q++qn1 + q + \dots + q^n

Pour q1q \neq 1, la somme des puissances successives vaut :

1+q+q2++qn=1qn+11q1 + q + q^2 + \dots + q^n = \frac{1 - q^{n+1}}{1 - q}

Si 0<q<10 < q < 1, alors qn+10q^{n+1} \to 0 et cette somme tend vers 11q\dfrac{1}{1-q}.

Une somme infinie… mais finie

Pour q=12q = \dfrac{1}{2} : 1+12+14+18+1 + \dfrac{1}{2} + \dfrac{1}{4} + \dfrac{1}{8} + \dots se rapproche de 111/2=2\dfrac{1}{1 - 1/2} = 2 sans jamais le dépasser. Ajouter une infinité de termes peut donner un résultat fini : chaque terme comble la moitié de ce qui manque pour atteindre 22.

Lire une suite sur un graphique : l’escalier

Pour une suite définie par un+1=f(un)u_{n+1} = f(u_n), on trace la courbe de ff et la droite d’équation y=xy = x. Puis, en partant de u0u_0 sur l’axe des abscisses :

  1. on monte (ou on descend) verticalement jusqu’à la courbe : l’ordonnée atteinte est u1=f(u0)u_1 = f(u_0) ;
  2. on rejoint horizontalement la droite y=xy = x : cela reporte u1u_1 sur l’axe des abscisses ;
  3. on recommence pour obtenir u2u_2, u3u_3, etc.

Le chemin obtenu dessine un escalier (ou une toile d’araignée quand la suite oscille). Si l’escalier se resserre vers le point d’intersection de la courbe et de la droite y=xy = x, on conjecture que la suite converge vers l’abscisse de ce point — c’est exactement le point fixe \ell. Mais attention : une lecture graphique fournit une conjecture, pas une preuve ; la preuve, c’est la méthode en trois étapes.

Modéliser : traduire l’énoncé en récurrence

Le réflexe de traduction : « augmente de t %t\ \% » se traduit par ×(1+t100)\times \left(1 + \dfrac{t}{100}\right), « diminue de t %t\ \% » par ×(1t100)\times \left(1 - \dfrac{t}{100}\right), et « puis on ajoute bb » par +b+\,b. Un capital placé à 2 % avec un versement annuel de 150 donne ainsi un+1=1,02un+150u_{n+1} = 1{,}02\,u_n + 150 ; un médicament éliminé à 30 % avec une prise quotidienne de 2 mg donne un+1=0,7un+2u_{n+1} = 0{,}7\,u_n + 2. Dans les deux cas, la limite (ou l’absence de limite) répond à la question concrète : vers quoi le phénomène se stabilise-t-il ?

Les pièges classiques

Où l’on perd des points

Le point fixe, c’est =b1a\ell = \dfrac{b}{1-a}, pas ba1\dfrac{b}{a-1} : vérifie toujours en réinjectant (=a+b\ell = a\ell + b doit être vrai). La suite auxiliaire se pose avec le \ell trouvé : vn=unv_n = u_n - \ell, et sa raison est aa, pas bb. La limite qn0q^n \to 0 exige 0<q<10 < q < 1 : pour q>1q > 1, la suite explose. Enfin, dans une modélisation en pourcentage, la raison est le coefficient multiplicateur (1,021{,}02 pour « +2 % »), jamais le taux (0,020{,}02).

Exercices corrigés

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