Résumé — Les suites arithmético-géométriques
Un capital qui rapporte des intérêts pendant qu’on verse la même somme chaque année, une population qui croît de 2 % par an tandis que 500 personnes la quittent, un médicament dont l’organisme élimine 30 % entre deux prises : trois histoires différentes, un seul et même modèle. Toutes se traduisent par une suite arithmético-géométrique . Ce chapitre te donne une méthode unique, en trois étapes, qui fournit la formule explicite et la limite — c’est l’un des grands classiques des sujets de maths complémentaires.
Reconnaître le modèle
Une suite est arithmético-géométrique lorsqu’il existe deux réels et tels que, pour tout entier naturel :
Deux cas particuliers que tu connais déjà : si , la suite est arithmétique (on ajoute à chaque étape) ; si , elle est géométrique (on multiplie par ). Tout l’intérêt du chapitre, c’est le cas général, avec .
La méthode en trois étapes
C’est le cœur du chapitre — la même trame revient dans presque tous les exercices.
Étape 1 — Chercher la suite constante solution (le point fixe). Une suite constante égale à vérifie la récurrence si , c’est-à-dire :
Étape 2 — Poser la suite auxiliaire et montrer qu’elle est géométrique. La démonstration tient en une ligne :
La suite est donc géométrique de raison , de premier terme .
Étape 3 — Revenir à . Comme , on obtient la forme explicite :
Forme explicite d’une suite arithmético-géométrique
Le nombre ℓ est le « point d’équilibre » du modèle : si la suite démarre en ℓ, elle y reste. Et si 0 < a < 1, elle y revient, quel que soit son point de départ.
Exemple complet : et . Point fixe : . Alors , donc , et se rapproche de .
Les limites : tout repose sur
Pour une suite géométrique de raison positive , trois comportements seulement :
- si : tend vers (chaque multiplication rapproche de zéro) ;
- si : vaut toujours ;
- si : tend vers .
Conséquence directe pour : si , alors et la suite converge vers , quel que soit le premier terme. Si , la suite s’éloigne de (sauf si elle y démarre) : elle tend vers ou selon le signe de .
La somme
Pour , la somme des puissances successives vaut :
Si , alors et cette somme tend vers .
Une somme infinie… mais finie
Pour : se rapproche de sans jamais le dépasser. Ajouter une infinité de termes peut donner un résultat fini : chaque terme comble la moitié de ce qui manque pour atteindre .
Lire une suite sur un graphique : l’escalier
Pour une suite définie par , on trace la courbe de et la droite d’équation . Puis, en partant de sur l’axe des abscisses :
- on monte (ou on descend) verticalement jusqu’à la courbe : l’ordonnée atteinte est ;
- on rejoint horizontalement la droite : cela reporte sur l’axe des abscisses ;
- on recommence pour obtenir , , etc.
Le chemin obtenu dessine un escalier (ou une toile d’araignée quand la suite oscille). Si l’escalier se resserre vers le point d’intersection de la courbe et de la droite , on conjecture que la suite converge vers l’abscisse de ce point — c’est exactement le point fixe . Mais attention : une lecture graphique fournit une conjecture, pas une preuve ; la preuve, c’est la méthode en trois étapes.
Modéliser : traduire l’énoncé en récurrence
Le réflexe de traduction : « augmente de » se traduit par , « diminue de » par , et « puis on ajoute » par . Un capital placé à 2 % avec un versement annuel de 150 donne ainsi ; un médicament éliminé à 30 % avec une prise quotidienne de 2 mg donne . Dans les deux cas, la limite (ou l’absence de limite) répond à la question concrète : vers quoi le phénomène se stabilise-t-il ?
Les pièges classiques
Où l’on perd des points
Le point fixe, c’est , pas : vérifie toujours en réinjectant ( doit être vrai). La suite auxiliaire se pose avec le trouvé : , et sa raison est , pas . La limite exige : pour , la suite explose. Enfin, dans une modélisation en pourcentage, la raison est le coefficient multiplicateur ( pour « +2 % »), jamais le taux ().