Tle Mathématiques Spécialité mathsMaths complémentaires BO spécial n°8 du 25 juillet 2019

Le schéma de Bernoulli et la loi binomiale

Résumé de cours

Le schéma de Bernoulli et la loi binomiale Mathématiques · Tle · Les Génies des Sciences · geniesdessciences.com

Lancer dix fois une pièce, répondre au hasard à un QCM, tester vingt ampoules à la sortie d’une chaîne de production : à chaque fois, on répète la même expérience à deux issues et on compte les succès. Ce modèle, c’est le schéma de Bernoulli, et la loi du nombre de succès, c’est la loi binomiale — la grande vedette des probabilités de terminale. Nouveauté par rapport à la première : les coefficients binomiaux, l’outil qui compte les chemins de l’arbre sans avoir à le dessiner.

La succession d’épreuves indépendantes

Quand on enchaîne des expériences aléatoires indépendantes (le résultat de l’une n’influence pas les autres), une issue de l’expérience globale est une liste (x1;x2;;xn)(x_1\,;\,x_2\,;\,\ldots\,;\,x_n), et une seule règle gouverne tout :

  • La probabilité d’une liste de résultats est le produit des probabilités de chaque résultat.
  • Sur un arbre, cela revient à multiplier les probabilités rencontrées le long du chemin.

Exemple : on lance un dé équilibré puis une pièce équilibrée. P((6;pile))=16×12=112P((6\,;\,\text{pile})) = \dfrac{1}{6} \times \dfrac{1}{2} = \dfrac{1}{12}.

L’épreuve de Bernoulli

Une épreuve de Bernoulli est une expérience à deux issues : le succès, de probabilité pp, et l’échec, de probabilité 1p1 - p. La variable aléatoire XX qui vaut 11 en cas de succès et 00 sinon suit la loi de Bernoulli de paramètre pp, avec E(X)=pE(X) = p et V(X)=p(1p)V(X) = p(1 - p).

Le schéma de Bernoulli et les coefficients binomiaux

Un schéma de Bernoulli est la répétition de nn épreuves de Bernoulli identiques et indépendantes. Son arbre possède 2n2^n chemins — d’où le besoin d’un outil de comptage :

le coefficient binomial (nk)\binom{n}{k} (lire « kk parmi nn ») est le nombre de chemins de l’arbre réalisant exactement kk succès parmi les nn épreuves.

  • Valeurs immédiates : (n0)=1\binom{n}{0} = 1 (un seul chemin sans aucun succès), (nn)=1\binom{n}{n} = 1 et (n1)=n\binom{n}{1} = n.
  • Symétrie : (nk)=(nnk)\binom{n}{k} = \binom{n}{n - k} — choisir les kk succès, c’est choisir les nkn - k échecs.
  • Relation de Pascal : (nk)+(nk+1)=(n+1k+1)\binom{n}{k} + \binom{n}{k + 1} = \binom{n + 1}{k + 1}.

Le triangle de Pascal

Chaque ligne commence et finit par 11, et chaque nombre est la somme des deux situés juste au-dessus (c’est la relation de Pascal). Lignes 00 à 66 : 111    11\;\;11    2    11\;\;2\;\;11    3    3    11\;\;3\;\;3\;\;11    4    6    4    11\;\;4\;\;6\;\;4\;\;11    5    10    10    5    11\;\;5\;\;10\;\;10\;\;5\;\;11    6    15    20    15    6    11\;\;6\;\;15\;\;20\;\;15\;\;6\;\;1. Pour lire (52)\binom{5}{2} : ligne 55, position 22 (en comptant à partir de 00), soit 1010.

La loi binomiale

Dans un schéma de Bernoulli à nn épreuves de paramètre pp, la variable aléatoire XX qui compte le nombre de succès suit la loi binomiale B(n;p)\mathcal{B}(n\,;\,p).

La loi binomiale ℬ(n ; p)

P(X=k)=(nk)pk(1p)nkE(X)=npV(X)=np(1p)P(X = k) = \binom{n}{k}\, p^k (1 - p)^{n - k} \qquad E(X) = np \qquad V(X) = np(1 - p)

Valable pour k allant de 0 à n. L’écart type est la racine carrée de la variance : σ(X) = √(np(1 − p)).

D’où sort la formule ? (démonstration éclair)

Un chemin qui réalise exactement kk succès traverse kk branches « succès » et nkn - k branches « échec » : sa probabilité vaut pk(1p)nkp^k(1 - p)^{n - k} (produit le long des branches). Il existe (nk)\binom{n}{k} chemins de ce type, deux à deux incompatibles : on additionne leurs probabilités, d’où P(X=k)=(nk)pk(1p)nkP(X = k) = \binom{n}{k} p^k (1 - p)^{n - k}.

Les calculs pratiques

Ta calculatrice calcule directement P(X=k)P(X = k) et P(Xk)P(X \leq k) (menu des distributions : commandes souvent nommées binomFdp et binomFRép). Tout le reste s’y ramène :

  • P(Xk)=1P(Xk1)P(X \geq k) = 1 - P(X \leq k - 1) : pour une variable entière, le contraire de « au moins kk » est « au plus k1k - 1 ».
  • P(kXk)=P(Xk)P(Xk1)P(k \leq X \leq k') = P(X \leq k') - P(X \leq k - 1).
  • « Au moins un succès » : P(X1)=1P(X=0)=1(1p)nP(X \geq 1) = 1 - P(X = 0) = 1 - (1 - p)^n.

Problème de seuil : chercher le plus petit nn tel que P(X1)0,99P(X \geq 1) \geq 0{,}99 avec p=0,5p = 0{,}5 revient à résoudre 0,5n0,010{,}5^n \leq 0{,}01. Un tableau de valeurs (ou le logarithme) donne n=7n = 7, car 0,570,0080{,}5^7 \approx 0{,}008 alors que 0,560,0160{,}5^6 \approx 0{,}016. Même logique pour chercher un intervalle II tel que P(XI)P(X \in I) soit inférieure à un seuil α\alpha donné — ou supérieure à 1α1 - \alpha.

La représentation graphique

La loi binomiale se représente par un diagramme en bâtons : au-dessus de chaque valeur kk, un bâton de hauteur P(X=k)P(X = k). Les bâtons les plus hauts se trouvent autour de l’espérance npnp : le diagramme est symétrique quand p=0,5p = 0{,}5, la « bosse » se déplace vers les petites valeurs quand p<0,5p < 0{,}5 et vers les grandes quand p>0,5p > 0{,}5. Un coup d’œil au graphique suffit donc pour estimer où la loi concentre ses probabilités.

Les pièges classiques

Avant de foncer sur la formule

Vérifie le modèle : même expérience répétée, épreuves indépendantes, deux issues — un tirage sans remise n’est pas un schéma de Bernoulli (les probabilités changent à chaque tirage), mais on l’assimile à un tirage avec remise quand la population est très grande. Traduis bien les inégalités : P(X<5)=P(X4)P(X < 5) = P(X \leq 4) et P(X>5)=P(X6)P(X > 5) = P(X \geq 6) pour une variable entière. N’oublie pas le coefficient binomial dans P(X=k)P(X = k) — sauf pour k=0k = 0 ou k=nk = n, où il vaut 11. Et face à un « au moins un », passe systématiquement par l’événement contraire « aucun ».

Exercices corrigés

Teste-toi avec un quiz