Tle Mathématiques Maths expertes BO spécial n°8 du 25 juillet 2019

Nombres complexes : forme algébrique et équations

Résumé de cours

Nombres complexes : forme algébrique et équations Mathématiques · Tle · Les Génies des Sciences · geniesdessciences.com

À la Renaissance, Tartaglia, Cardan et Bombelli cherchent des formules pour résoudre les équations de degré 3 — et tombent sur des quantités « impossibles » dont le carré est négatif. Ces intrus calculatoires se révèlent si efficaces que les mathématiciens finissent par les adopter : ce sont les nombres complexes. Tout part d’un nombre nouveau, noté ii, dont la seule règle du jeu est i2=1i^2 = -1. Avec lui, toutes les équations du second degré ont des solutions — et un monde s’ouvre.

La forme algébrique

Tout nombre complexe s’écrit de façon unique sous la forme z=a+ibz = a + ib, avec aa et bb réels : c’est la forme algébrique. On note a=Re(z)a = \operatorname{Re}(z) la partie réelle et b=Im(z)b = \operatorname{Im}(z) la partie imaginaire — attention, Im(z)\operatorname{Im}(z) est le réel bb, sans le ii.

  • Si b=0b = 0, zz est un réel : R\mathbb{R} est contenu dans C\mathbb{C}. Si a=0a = 0, z=ibz = ib est un imaginaire pur.
  • Unicité : a+ib=a+iba + ib = a' + ib' (avec aa, bb, aa', bb' réels) si, et seulement si, a=aa = a' et b=bb = b'. C’est la méthode d’identification, l’arme n°1 pour résoudre les équations faisant intervenir zz et zˉ\bar{z}.

Calculer dans ℂ

On calcule dans C\mathbb{C} comme dans R\mathbb{R}, en remplaçant i2i^2 par 1-1 dès qu’il apparaît. Par exemple (2+i)(32i)=64i+3i2i2=6i+2=8i(2 + i)(3 - 2i) = 6 - 4i + 3i - 2i^2 = 6 - i + 2 = 8 - i. Tout complexe non nul admet un inverse (voir le conjugué ci-dessous), et l’équation linéaire az=baz = b (avec a0a \neq 0) a pour unique solution z=baz = \dfrac{b}{a}.

Puissances de ii et formule du binôme

Les puissances de ii tournent en boucle : i1=ii^1 = i, i2=1i^2 = -1, i3=ii^3 = -i, i4=1i^4 = 1, puis ça recommence — pour calculer ini^n, réduis l’exposant modulo 44. Et la formule du binôme reste valable dans C\mathbb{C} : (u+v)n=k=0n(nk)ukvnk(u + v)^n = \displaystyle\sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k} u^k v^{n-k}. Exemple : (1+i)3=1+3i+3i2+i3=1+3i3i=2+2i(1 + i)^3 = 1 + 3i + 3i^2 + i^3 = 1 + 3i - 3 - i = -2 + 2i.

Le conjugué

Le conjugué de z=a+ibz = a + ib est zˉ=aib\bar{z} = a - ib : seul le signe de la partie imaginaire change. Il traverse toutes les opérations : z+z=zˉ+zˉ\overline{z + z'} = \bar{z} + \bar{z'}, zz=zˉzˉ\overline{z z'} = \bar{z} \, \bar{z'}, (1z)=1zˉ\overline{\left(\dfrac{1}{z}\right)} = \dfrac{1}{\bar{z}}, zn=zˉn\overline{z^n} = \bar{z}^n.

  • z+zˉ=2Re(z)z + \bar{z} = 2\operatorname{Re}(z) et zzˉ=2iIm(z)z - \bar{z} = 2i\operatorname{Im}(z) ;
  • zz est réel     z=zˉ\iff z = \bar{z} ; zz est imaginaire pur     zˉ=z\iff \bar{z} = -z ;
  • surtout : zzˉ=a2+b2z\bar{z} = a^2 + b^2 est un réel positif — c’est le carré du module, zzˉ=z2z\bar{z} = |z|^2.

Cette dernière relation est la clé des quotients : pour rendre un dénominateur réel, on le multiplie par son conjugué. Exemple : 13i=3+i(3i)(3+i)=3+i10\dfrac{1}{3 - i} = \dfrac{3 + i}{(3 - i)(3 + i)} = \dfrac{3 + i}{10}.

Le second degré à coefficients réels

Discriminant négatif : les solutions existent quand même

az2+bz+c=0(Δ=b24ac<0):z1=biΔ2az2=b+iΔ2aaz^2 + bz + c = 0 \quad (\Delta = b^2 - 4ac < 0) : \qquad z_1 = \frac{-b - i\sqrt{-\Delta}}{2a} \qquad z_2 = \frac{-b + i\sqrt{-\Delta}}{2a}

Δ > 0 : deux racines réelles. Δ = 0 : une racine double réelle. Δ < 0 : deux racines complexes conjuguées — dans ℂ, une équation du second degré à coefficients réels a toujours des solutions.

Exemple : z22z+5=0z^2 - 2z + 5 = 0 donne Δ=420=16\Delta = 4 - 20 = -16, d’où z=2±4i2=1±2iz = \dfrac{2 \pm 4i}{2} = 1 \pm 2i. Vérification éclair avec la somme et le produit, qui se lisent sur les coefficients : z1+z2=2=baz_1 + z_2 = 2 = -\dfrac{b}{a} ✓ et z1z2=1+4=5=caz_1 z_2 = 1 + 4 = 5 = \dfrac{c}{a} ✓.

Équations polynomiales : factoriser pour résoudre

Trois résultats structurent tout le chapitre :

  • Factorisation de znanz^n - a^n : znan=(za)(zn1+azn2++an1)z^n - a^n = (z - a)(z^{n-1} + az^{n-2} + \cdots + a^{n-1}). Cas utile : z3a3=(za)(z2+az+a2)z^3 - a^3 = (z - a)(z^2 + az + a^2).
  • Factorisation par une racine : si P(a)=0P(a) = 0, alors P(z)=(za)Q(z)P(z) = (z - a)\,Q(z) avec QQ polynôme de degré degP1\deg P - 1.
  • Conséquence majeure : un polynôme de degré nn admet au plus nn racines. Si tu en as trouvé nn, tu les as toutes.

La méthode « degré 3 » (un classique du bac)

Pour résoudre P(z)=0P(z) = 0 avec PP de degré 3 : ① repère une racine évidente aa (teste 11, 1-1, 22…) ; ② écris P(z)=(za)(z2+pz+q)P(z) = (z - a)(z^2 + pz + q) et trouve pp et qq en développant puis identifiant les coefficients ; ③ résous le second degré restant — souvent avec Δ<0\Delta < 0, donc deux racines complexes conjuguées en prime.

Les pièges classiques

Ce que ℂ interdit

N’écris jamais 4\sqrt{-4} : le symbole x\sqrt{\phantom{x}} est réservé aux réels positifs — écris plutôt 4=(2i)2-4 = (2i)^2. Il n’y a pas d’inégalités dans C\mathbb{C} : zzz \leq z' n’a aucun sens si les nombres ne sont pas réels. Le conjugué ne change que le signe de la partie imaginaire : 4+3i=43i\overline{-4 + 3i} = -4 - 3i, pas 43i4 - 3i. Enfin, les formules du second degré avec Δ<0\Delta < 0 exigent des coefficients réels : vérifie-le avant de les dégainer.

Exercices corrigés

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