Résumé — Arithmétique : divisibilité et congruences
Le numéro d’une carte bancaire, la clé d’un numéro de Sécurité sociale, le chiffrement de tes messages : tout ça repose sur l’arithmétique des entiers. En maths expertes, tu retrouves les nombres les plus familiers qui soient — mais avec un outil neuf et redoutable : les congruences, une façon de calculer uniquement sur les restes. Tout le chapitre tient dans une idée : quand on divise, ce qui compte souvent, ce n’est pas le quotient… c’est le reste.
La divisibilité dans ℤ
Soient et deux entiers relatifs. On dit que divise (noté ) s’il existe un entier tel que . On dit aussi que est un multiple de , ou que est un diviseur de . Exemple : car .
- Tout entier non nul a un nombre fini de diviseurs (ils sont compris entre et ) mais une infinité de multiples.
- Transitivité : si et , alors .
- Combinaisons linéaires : si et , alors divise pour tous entiers et — en particulier et .
Le réflexe « combinaison linéaire »
C’est l’outil n°1 des exercices de divisibilité. Pour trouver les entiers tels que divise , écris : comme se divise lui-même, divise si, et seulement si, divise . On est ramené aux diviseurs de : un problème fini !
La division euclidienne
Pour tout entier et tout entier naturel , il existe un unique couple d’entiers tel que :
est le quotient, le reste. Exemple : , donc la division euclidienne de par a pour quotient et pour reste . Et si, et seulement si, le reste est nul.
Le reste est toujours positif ou nul
Même quand est négatif ! La division euclidienne de par s’écrit : le quotient est et le reste est — surtout pas , car un reste doit vérifier .
Les congruences modulo n
Soit un entier. Deux entiers et sont congrus modulo , noté (ou ), lorsque divise — autrement dit lorsque et ont le même reste dans la division euclidienne par . Exemple : car . Tout entier est ainsi congru modulo à un unique reste compris entre et .
Compatibilité avec les opérations
On peut additionner, soustraire, multiplier et élever à une puissance des congruences de même module — c’est ce qui permet de calculer uniquement sur les restes.
C’est toute la puissance du chapitre : pour connaître le reste d’un calcul énorme, on remplace chaque nombre par son reste avant de calculer. Le reste de modulo ? et , donc . Aucune grosse multiplication.
Trois applications à connaître
- Critères de divisibilité : comme , on a pour tout , donc tout entier est congru modulo à la somme de ses chiffres. D’où le critère : divisible par (ou par ) si, et seulement si, la somme de ses chiffres l’est. Avec , on obtient de même le critère par (somme alternée des chiffres).
- Chiffre des unités : c’est le reste modulo . Le chiffre des unités de ? Les puissances de finissent par — un cycle de longueur .
- Restes de grandes puissances : cherche une petite puissance congrue à (ou à ). Pour modulo : , et , donc .
La méthode « grandes puissances » en trois pas
1. Calcule les premières puissances de modulo jusqu’à tomber sur (ou repérer un cycle). 2. Fais la division euclidienne de l’exposant par la longueur du cycle. 3. Conclus avec la compatibilité des puissances. C’est le même scénario dans 90 % des exercices.
Résoudre une congruence ax ≡ b (mod n)
Pas de formule magique en général : la méthode robuste est le tableau de restes. Pour résoudre , on teste les restes possibles de :
Seul convient : les solutions sont les entiers de la forme , . (Au chapitre suivant, le théorème de Bézout fournira une méthode plus directe : multiplier par un inverse de modulo .)
Les pièges classiques
On ne divise pas une congruence !
Addition, soustraction, multiplication, puissances : oui. Division : non. Par exemple , et pourtant — simplifier par était interdit. Autres pièges : un reste vit toujours entre et (écris , pas « reste ») ; et signifie exactement « divise » — c’est la traduction à utiliser dans les deux sens.