Tle Mathématiques Spécialité mathsMaths complémentaires BO spécial n°8 du 25 juillet 2019

Primitives et équations différentielles

Résumé de cours

Primitives et équations différentielles Mathématiques · Tle · Les Génies des Sciences · geniesdessciences.com

Un café qui refroidit, un parachutiste qui atteint sa vitesse limite, une population de bactéries qui double régulièrement : la physique et la biologie décrivent ces phénomènes par des équations d’un genre nouveau, où l’inconnue n’est pas un nombre mais une fonction. Ce sont les équations différentielles — et pour les résoudre, il faut d’abord apprendre à faire la dérivation… à l’envers. C’est la notion de primitive.

Une équation dont l’inconnue est une fonction

Une équation différentielle relie une fonction inconnue yy et sa dérivée y′y' — par exemple y′=3yy' = 3y ou y′=−2y+4y' = -2y + 4. Résoudre l’équation, c’est trouver toutes les fonctions dérivables qui la vérifient. La plus simple est y′=fy' = f, où ff est une fonction donnée : ses solutions sont exactement les primitives de ff.

La notion de primitive

Une primitive de ff sur un intervalle II est une fonction FF dérivable sur II telle que F′=fF' = f. Deux résultats structurent tout le chapitre :

  • Existence (admise ici, démontrée au chapitre du calcul intégral) : toute fonction continue sur un intervalle admet des primitives. Certaines n’ont pourtant pas d’expression explicite : c’est le cas pour x↦e−x2x \mapsto e^{-x^2}.
  • Unicité à une constante près : si FF est une primitive de ff, les primitives de ff sont exactement les F+CF + C avec C∈RC \in \mathbb{R}.

Pourquoi « à une constante près » ? (démonstration éclair)

Si FF et GG sont deux primitives de ff sur II, alors (F−G)′=f−f=0(F - G)' = f - f = 0 : la fonction F−GF - G a une dérivée nulle sur un intervalle, donc elle est constante. Conséquence pratique : une condition initiale du type F(x0)=y0F(x_0) = y_0 fixe la constante — il existe une unique primitive qui la vérifie.

Le tableau des primitives usuelles

La recherche de primitive, c’est la lecture à l’envers du tableau des dérivées :

Fonction ffUne primitive FFSur
xnx^n (n∈Zn \in \mathbb{Z}, n≠−1n \neq -1)xn+1n+1\dfrac{x^{n+1}}{n+1}R\mathbb{R} si n≥0n \geq 0, ]0 ; +∞[]0\,;\,+\infty[ sinon
1x2\dfrac{1}{x^2}−1x-\dfrac{1}{x}]0 ; +∞[]0\,;\,+\infty[
1x\dfrac{1}{\sqrt{x}}2x2\sqrt{x}]0 ; +∞[]0\,;\,+\infty[
1x\dfrac{1}{x}ln⁡(x)\ln(x)]0 ; +∞[]0\,;\,+\infty[
exe^xexe^xR\mathbb{R}
sin⁡(x)\sin(x)−cos⁡(x)-\cos(x)R\mathbb{R}
cos⁡(x)\cos(x)sin⁡(x)\sin(x)R\mathbb{R}

Le réflexe en or : pour vérifier une primitive, dérive-la. Si tu retombes sur ff, c’est gagné — aucune hésitation ne résiste à ce test.

Les formes composées

La formule de dérivation des fonctions composées, lue à l’envers, donne : une primitive de (v′∘u)×u′(v' \circ u) \times u' est v∘uv \circ u. En pratique, trois formes à repérer :

  • u′euu'e^u a pour primitive eue^u — exemple : (2x+1) ex2+x(2x+1)\,e^{x^2+x} a pour primitive ex2+xe^{x^2+x} ;
  • u′unu'u^n (n≠−1n \neq -1) a pour primitive un+1n+1\dfrac{u^{n+1}}{n+1} — exemple : x(x2+1)3=12×2x(x2+1)3x(x^2+1)^3 = \dfrac{1}{2} \times 2x(x^2+1)^3 a pour primitive (x2+1)48\dfrac{(x^2+1)^4}{8} ;
  • u′u\dfrac{u'}{u} (avec u>0u > 0) a pour primitive ln⁡(u)\ln(u) — exemple : 2xx2+3\dfrac{2x}{x^2+3} a pour primitive ln⁡(x2+3)\ln(x^2+3).

Le jeu consiste à repérer uu, puis à vérifier que u′u' est en facteur — quitte à ajuster une constante multiplicative, comme dans le deuxième exemple.

Les équations y′ = ay et y′ = ay + b

Les solutions (a ≠ 0)

y′=ay:y(x)=Ceaxy′=ay+b:y(x)=Ceax−bay' = ay : \quad y(x) = Ce^{ax} \qquad\qquad y' = ay + b : \quad y(x) = Ce^{ax} - \frac{b}{a}

C est une constante réelle quelconque : il y a une infinité de solutions. Une condition initiale y(x₀) = y₀ fixe C — la solution devient unique.

D’où sort Ce^(ax) ? (démonstration éclair)

D’abord, x↦Ceaxx \mapsto Ce^{ax} est bien solution, car (Ceax)′=aCeax(Ce^{ax})' = aCe^{ax}. Réciproquement, si ff est solution de y′=ayy' = ay, pose g(x)=f(x) e−axg(x) = f(x)\,e^{-ax} : alors g′(x)=(f′(x)−af(x))e−ax=0g'(x) = \big(f'(x) - af(x)\big)e^{-ax} = 0, donc gg est constante, et f(x)=Ceaxf(x) = Ce^{ax}. Aucune solution n’échappe au filet.

Allure des courbes : si a>0a > 0, les solutions non nulles s’éloignent de 00 à toute vitesse (croissance exponentielle) ; si a<0a < 0, elles tendent toutes vers 00 en +∞+\infty. Et quand l’équation est y′=ayy' = ay, la somme de deux solutions et le produit d’une solution par une constante sont encore des solutions.

Pour y′=ay+by' = ay + b, la méthode tient en trois étapes :

  1. Solution particulière constante : on cherche yy constante, donc y′=0y' = 0, d’où 0=ay+b0 = ay + b et y=−bay = -\dfrac{b}{a}.
  2. Toutes les solutions : la solution particulière plus les solutions de y′=ayy' = ay, soit y(x)=Ceax−bay(x) = Ce^{ax} - \dfrac{b}{a}.
  3. Condition initiale : y(x0)=y0y(x_0) = y_0 fixe la valeur de CC.

Comportement en +∞+\infty : si a<0a < 0, alors eax→0e^{ax} \to 0 et toutes les solutions tendent vers −ba-\dfrac{b}{a}, la solution d’équilibre — la température du café rejoint celle de la pièce, la vitesse du parachutiste se stabilise. Si a>0a > 0, les solutions s’écartent de l’équilibre.

Le même principe se généralise : pour y′=ay+fy' = ay + f, si l’on connaît une solution particulière ypy_p, toutes les solutions sont les yp+Ceaxy_p + Ce^{ax}.

Les pièges classiques

La constante oubliée (et les signes inversés)

« Une » primitive n’est pas « la » primitive : sans condition initiale, n’oublie jamais qu’il y a une infinité de primitives, à constante près — et avec une condition initiale, n’oublie pas de calculer cette constante. Ne confonds pas dériver et primitiver : la primitive de sin⁡\sin est −cos⁡-\cos, celle de cos⁡\cos est sin⁡\sin — les signes s’inversent par rapport à la dérivation. Pour y′=ay+by' = ay + b, la solution particulière est −ba-\dfrac{b}{a}, avec un signe moins. Enfin, dans CeaxCe^{ax}, la constante est en facteur : les solutions de y′=ayy' = ay sont les CeaxCe^{ax}, pas les eax+Ce^{ax} + C.

Exercices corrigés