Tle Mathématiques Maths complémentaires BO spécial n°8 du 25 juillet 2019

Les lois à densité

Résumé de cours

Les lois à densité Mathématiques · Tle · Les Génies des Sciences · geniesdessciences.com

Le temps d’attente d’un bus, la durée de vie d’une ampoule, la taille d’une personne prise au hasard : ces quantités ne prennent pas quelques valeurs isolées, mais toutes les valeurs d’un intervalle. Impossible de dresser un tableau de loi comme pour un dé — il faut changer d’outil. L’idée du chapitre : remplacer les bâtons par une courbe, et lire les probabilités comme des aires. C’est ici que le calcul intégral, vu dans le chapitre d’intégration, devient un outil de probabilités.

Une probabilité, c’est une aire

Une fonction de densité sur un intervalle II est une fonction ff continue et positive sur II, dont l’aire totale sous la courbe vaut 11. Une variable aléatoire XX suit la loi à densité ff lorsque, pour tous réels aba \leq b de II :

P(aXb)=abf(x)dxP(a \leq X \leq b) = \int_a^b f(x)\,\mathrm{d}x

La probabilité se voit : c’est l’aire sous la courbe de ff entre aa et bb. Conséquence immédiate : pour une valeur isolée, P(X=a)=0P(X = a) = 0 (l’aire d’un segment vertical est nulle). Du coup, inégalités strictes ou larges, c’est pareil : P(X<a)=P(Xa)P(X < a) = P(X \leq a).

Vérifier qu’une fonction est une densité

Trois points à contrôler, toujours dans cet ordre : ff est continue sur l’intervalle, ff est positive, et l’intégrale de ff sur l’intervalle vaut 11. Sur un intervalle non borné comme [0;+[[0\,;\,+\infty[, on calcule 0tf(x)dx\int_0^t f(x)\,\mathrm{d}x puis on fait tendre tt vers ++\infty.

La fonction de répartition

La fonction de répartition de XX est la fonction F:xP(Xx)F : x \mapsto P(X \leq x) — l’aire accumulée sous la densité jusqu’à xx. Elle est croissante, varie de 00 à 11, et permet de tout calculer sans refaire d’intégrale :

P(aXb)=F(b)F(a)etP(X>a)=1F(a)P(a \leq X \leq b) = F(b) - F(a) \qquad \text{et} \qquad P(X > a) = 1 - F(a)

Espérance et variance : les intégrales remplacent les sommes

Pour une loi discrète, E(X)E(X) est une somme de valeurs pondérées par des probabilités. Pour une loi à densité sur [a;b][a\,;\,b], la somme devient une intégrale :

E(X)=abxf(x)dxetV(X)=ab(xE(X))2f(x)dxE(X) = \int_a^b x\,f(x)\,\mathrm{d}x \qquad \text{et} \qquad V(X) = \int_a^b \left(x - E(X)\right)^2 f(x)\,\mathrm{d}x

L’espérance garde son sens : c’est la valeur moyenne de XX sur un très grand nombre de répétitions, et l’écart type σ(X)=V(X)\sigma(X) = \sqrt{V(X)} mesure la dispersion autour d’elle.

La loi uniforme sur [a;b][a\,;\,b]

C’est la loi du « hasard sans préférence » sur un intervalle : la densité est constante. Sur [0;1][0\,;\,1] — la loi que simulent les fonctions random des calculatrices et des langages de programmation — la densité vaut 11 et F(x)=xF(x) = x. Sur [a;b][a\,;\,b] en général :

La loi uniforme sur [a ; b]

f(x)=1baF(x)=xabaE(X)=a+b2V(X)=(ba)212 (admise)f(x) = \frac{1}{b-a} \qquad F(x) = \frac{x-a}{b-a} \qquad E(X) = \frac{a+b}{2} \qquad V(X) = \frac{(b-a)^2}{12} \ \text{(admise)}

La densité est un rectangle de hauteur 1/(b − a) : l’aire totale vaut bien 1. L’espérance est le milieu de l’intervalle — logique pour un hasard sans préférence.

En pratique, une probabilité uniforme se calcule comme un rapport de longueurs : P(cXd)=dcbaP(c \leq X \leq d) = \dfrac{d-c}{b-a} — la part de l’intervalle occupée par [c;d][c\,;\,d].

La loi exponentielle

C’est la grande loi des durées de vie et des temps d’attente : durée de fonctionnement d’un composant électronique, temps entre deux clients à un guichet, durée de vie d’un atome radioactif. Pour un paramètre λ>0\lambda > 0, la densité est définie sur [0;+[[0\,;\,+\infty[ par f(x)=λeλxf(x) = \lambda\,\mathrm{e}^{-\lambda x}.

La loi exponentielle de paramètre λ

f(x)=λeλxF(x)=1eλxP(X>x)=eλxE(X)=1λ (admise)f(x) = \lambda\,\mathrm{e}^{-\lambda x} \qquad F(x) = 1 - \mathrm{e}^{-\lambda x} \qquad P(X > x) = \mathrm{e}^{-\lambda x} \qquad E(X) = \frac{1}{\lambda} \ \text{(admise)}

Plus λ est grand, plus la courbe plonge vite et plus les durées sont courtes en moyenne : λ mesure un « taux d’usure », et 1/λ la durée de vie moyenne.

La courbe de la densité part de λ\lambda en x=0x = 0 et décroît vers 00 : les petites valeurs sont les plus probables. On vérifie que ff est bien une densité en calculant 0tλeλxdx=1eλt\int_0^t \lambda\,\mathrm{e}^{-\lambda x}\,\mathrm{d}x = 1 - \mathrm{e}^{-\lambda t} (une primitive de λeλx\lambda\,\mathrm{e}^{-\lambda x} est eλx-\mathrm{e}^{-\lambda x}), qui tend vers 11 quand tt tend vers ++\infty.

L’absence de mémoire, version continue

Comme la loi géométrique chez les lois discrètes, la loi exponentielle n’a pas de mémoire :

P(X>t+sX>t)=P(X>s)P(X > t + s \mid X > t) = P(X > s)

Une ampoule qui a déjà fonctionné tt heures a la même probabilité de durer encore ss heures qu’une ampoule neuve : le modèle exponentiel décrit un vieillissement « sans usure », où seule la panne accidentelle compte. C’est ce qui en fait le bon modèle pour la désintégration radioactive — et un modèle discutable pour une pièce mécanique qui s’use.

Les pièges classiques

Les confusions à éviter

P(X=a)=0P(X = a) = 0 ne signifie pas que la valeur aa est impossible — c’est le prix du continu, et c’est pour ça qu’on calcule sur des intervalles. Ne confonds pas densité et probabilité : f(x)f(x) n’est pas une probabilité, et f(x)f(x) peut très bien dépasser 11 (une loi uniforme sur [0;0,5][0\,;\,0{,}5] a une densité égale à 22). Pour l’exponentielle, ne mélange pas densité λeλx\lambda\,\mathrm{e}^{-\lambda x} et répartition 1eλx1 - \mathrm{e}^{-\lambda x} : la première s’intègre, la seconde est déjà la probabilité P(Xx)P(X \leq x). Enfin, l’espérance est 1λ\dfrac{1}{\lambda}, pas λ\lambda.

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