Résumé — Sommes de variables aléatoires et loi des grands nombres
Additionner les points de deux dés, faire la moyenne des gains sur cent parties, voir une binomiale comme une somme de et de : ce chapitre apprend à calculer l’espérance et la variance d’une somme de variables aléatoires — souvent sans jamais déterminer la loi de cette somme. Et il se termine en apothéose par la loi des grands nombres, le théorème qui explique pourquoi les fréquences observées se rapprochent des probabilités.
La linéarité de l’espérance
Pour toutes variables aléatoires et — indépendantes ou non — et tout réel :
C’est un outil très puissant : il donne l’espérance d’une variable sans déterminer sa loi. Exemple : pour la somme de deux dés équilibrés, inutile de calculer les probabilités des onze valeurs de à — par linéarité, .
La variance : additive seulement si indépendance
Dans le cadre d’une succession d’épreuves indépendantes (chaque variable dépend d’une épreuve différente), les variables sont indépendantes, et on admet alors :
Pour l’écart type, — mais attention, on additionne les variances, jamais les écarts types.
La variance n’est pas linéaire
: doubler une variable quadruple sa variance. Alors que pour deux copies indépendantes et de la même variable, seulement. Autrement dit, et ont la même espérance… mais pas du tout la même dispersion : jouer deux dés lisse les résultats, doubler un seul dé amplifie les écarts.
L’exemple fondamental : la loi binomiale
Si suit la loi binomiale , alors , somme de variables de Bernoulli indépendantes de paramètre ( vaut si la -ème épreuve est un succès, sinon). Comme et , la linéarité et l’additivité donnent immédiatement :
C’est une démonstration à connaitre — et elle illustre toute la philosophie du chapitre : décomposer une variable compliquée en somme de variables simples.
Échantillon : somme et moyenne
Un échantillon de taille d’une variable aléatoire est une liste de variables indépendantes et de même loi que . On étudie la somme et la moyenne .
Somme et moyenne d’un échantillon
Écarts types : σ(Sₙ) = √n × σ(X) et σ(Mₙ) = σ(X)/√n. Ce facteur 1/√n est la clé de l’estimation : pour diviser par 10 la dispersion de la moyenne, il faut un échantillon 100 fois plus grand.
La moyenne a la même espérance que , mais une variance divisée par : plus l’échantillon grandit, plus se resserre autour de . Toute la fin du chapitre quantifie ce resserrement.
L’inégalité de Bienaymé-Tchebychev
Pour une variable aléatoire et tout réel :
En français : la probabilité que s’écarte de son espérance d’au moins est majorée par . L’écart type est l’unité naturelle pour mesurer ces écarts : en prenant , la borne vaut ; pour , elle vaut — quelle que soit la loi de . Les grands écarts sont improbables.
Universelle… donc pas optimale
L’inégalité vaut pour toutes les lois : le prix de cette universalité, c’est une majoration souvent très large. Les simulations montrent qu’un écart d’au moins a fréquemment une probabilité inférieure à — bien loin du garanti. Bienaymé-Tchebychev sert donc à garantir (raisonnement par condition suffisante), pas à calculer une probabilité exacte. Et si la borne dépasse , elle ne dit rien du tout.
L’inégalité de concentration
En appliquant Bienaymé-Tchebychev à la moyenne d’un échantillon (d’espérance et de variance ), on obtient l’inégalité de concentration : pour tout ,
Usage phare (c’est LA capacité attendue) : déterminer une taille d’échantillon garantissant une précision avec un risque au plus — il suffit de résoudre en .
La loi des grands nombres
Quand tend vers l’infini, le majorant tend vers , d’où le théorème final :
pour tout , tend vers quand tend vers l’infini.
La moyenne d’un échantillon se concentre autour de l’espérance. Cas particulier historique : la fréquence d’un événement au fil de répétitions (moyenne de variables de Bernoulli) se rapproche de sa probabilité. C’est le « théorème d’or » de Jacques Bernoulli — le pont entre les statistiques (ce qu’on observe) et les probabilités (ce qu’on modélise), et la justification théorique de l’échantillonnage.
Les pièges classiques
Espérance toujours, variance sous conditions
La linéarité de l’espérance vaut toujours ; l’additivité de la variance exige des variables indépendantes (dans les exercices, cette indépendance fait partie du modèle : épreuves successives indépendantes). Dans , le carré s’oublie une fois sur deux. Pour la moyenne : — c’est la variance qui est divisée par , pas l’espérance. Enfin, Bienaymé-Tchebychev majore : pour minorer la probabilité contraire , passe au complémentaire — elle est supérieure ou égale à .