Tle Mathématiques Fiche méthode

Résumé — Sommes de variables aléatoires et loi des grands nombres

Additionner les points de deux dés, faire la moyenne des gains sur cent parties, voir une binomiale comme une somme de 00 et de 11 : ce chapitre apprend à calculer l’espérance et la variance d’une somme de variables aléatoires — souvent sans jamais déterminer la loi de cette somme. Et il se termine en apothéose par la loi des grands nombres, le théorème qui explique pourquoi les fréquences observées se rapprochent des probabilités.

La linéarité de l’espérance

Pour toutes variables aléatoires XX et YYindépendantes ou non — et tout réel aa :

E(X+Y)=E(X)+E(Y)E(aX)=aE(X)E(X + Y) = E(X) + E(Y) \qquad E(aX) = a\,E(X)

C’est un outil très puissant : il donne l’espérance d’une variable sans déterminer sa loi. Exemple : pour la somme SS de deux dés équilibrés, inutile de calculer les probabilités des onze valeurs de 22 à 1212 — par linéarité, E(S)=3,5+3,5=7E(S) = 3{,}5 + 3{,}5 = 7.

La variance : additive seulement si indépendance

Dans le cadre d’une succession d’épreuves indépendantes (chaque variable dépend d’une épreuve différente), les variables sont indépendantes, et on admet alors :

V(X+Y)=V(X)+V(Y)et pour tout reˊel a:V(aX)=a2V(X)V(X + Y) = V(X) + V(Y) \qquad \text{et pour tout réel } a : \quad V(aX) = a^2\,V(X)

Pour l’écart type, σ(aX)=aσ(X)\sigma(aX) = |a|\,\sigma(X) — mais attention, on additionne les variances, jamais les écarts types.

La variance n’est pas linéaire

V(2X)=4V(X)V(2X) = 4\,V(X) : doubler une variable quadruple sa variance. Alors que pour deux copies indépendantes X1X_1 et X2X_2 de la même variable, V(X1+X2)=2V(X)V(X_1 + X_2) = 2\,V(X) seulement. Autrement dit, X1+X2X_1 + X_2 et 2X12X_1 ont la même espérance… mais pas du tout la même dispersion : jouer deux dés lisse les résultats, doubler un seul dé amplifie les écarts.

L’exemple fondamental : la loi binomiale

Si XX suit la loi binomiale B(n;p)\mathcal{B}(n\,;\,p), alors X=X1+X2++XnX = X_1 + X_2 + \cdots + X_n, somme de nn variables de Bernoulli indépendantes de paramètre pp (XiX_i vaut 11 si la ii-ème épreuve est un succès, 00 sinon). Comme E(Xi)=pE(X_i) = p et V(Xi)=p(1p)V(X_i) = p(1 - p), la linéarité et l’additivité donnent immédiatement :

E(X)=npV(X)=np(1p)E(X) = np \qquad V(X) = np(1 - p)

C’est une démonstration à connaitre — et elle illustre toute la philosophie du chapitre : décomposer une variable compliquée en somme de variables simples.

Échantillon : somme et moyenne

Un échantillon de taille nn d’une variable aléatoire XX est une liste (X1;;Xn)(X_1\,;\,\ldots\,;\,X_n) de variables indépendantes et de même loi que XX. On étudie la somme Sn=X1++XnS_n = X_1 + \cdots + X_n et la moyenne Mn=SnnM_n = \dfrac{S_n}{n}.

Somme et moyenne d’un échantillon

E(Sn)=nE(X)V(Sn)=nV(X)E(Mn)=E(X)V(Mn)=V(X)nE(S_n) = n\,E(X) \qquad V(S_n) = n\,V(X) \qquad E(M_n) = E(X) \qquad V(M_n) = \frac{V(X)}{n}

Écarts types : σ(Sₙ) = √n × σ(X) et σ(Mₙ) = σ(X)/√n. Ce facteur 1/√n est la clé de l’estimation : pour diviser par 10 la dispersion de la moyenne, il faut un échantillon 100 fois plus grand.

La moyenne a la même espérance que XX, mais une variance divisée par nn : plus l’échantillon grandit, plus MnM_n se resserre autour de E(X)E(X). Toute la fin du chapitre quantifie ce resserrement.

L’inégalité de Bienaymé-Tchebychev

Pour une variable aléatoire XX et tout réel δ>0\delta > 0 :

P(XE(X)δ)V(X)δ2P\big(|X - E(X)| \geq \delta\big) \leq \frac{V(X)}{\delta^2}

En français : la probabilité que XX s’écarte de son espérance d’au moins δ\delta est majorée par V(X)δ2\dfrac{V(X)}{\delta^2}. L’écart type est l’unité naturelle pour mesurer ces écarts : en prenant δ=2σ\delta = 2\sigma, la borne vaut 14\dfrac{1}{4} ; pour δ=3σ\delta = 3\sigma, elle vaut 19\dfrac{1}{9} — quelle que soit la loi de XX. Les grands écarts sont improbables.

Universelle… donc pas optimale

L’inégalité vaut pour toutes les lois : le prix de cette universalité, c’est une majoration souvent très large. Les simulations montrent qu’un écart d’au moins 2σ2\sigma a fréquemment une probabilité inférieure à 0,050{,}05 — bien loin du 14\dfrac{1}{4} garanti. Bienaymé-Tchebychev sert donc à garantir (raisonnement par condition suffisante), pas à calculer une probabilité exacte. Et si la borne dépasse 11, elle ne dit rien du tout.

L’inégalité de concentration

En appliquant Bienaymé-Tchebychev à la moyenne MnM_n d’un échantillon (d’espérance E(X)E(X) et de variance V(X)n\dfrac{V(X)}{n}), on obtient l’inégalité de concentration : pour tout δ>0\delta > 0,

P(MnE(X)δ)V(X)nδ2P\big(|M_n - E(X)| \geq \delta\big) \leq \frac{V(X)}{n\,\delta^2}

Usage phare (c’est LA capacité attendue) : déterminer une taille d’échantillon garantissant une précision δ\delta avec un risque au plus α\alpha — il suffit de résoudre V(X)nδ2α\dfrac{V(X)}{n\,\delta^2} \leq \alpha en nn.

La loi des grands nombres

Quand nn tend vers l’infini, le majorant V(X)nδ2\dfrac{V(X)}{n\,\delta^2} tend vers 00, d’où le théorème final :

pour tout δ>0\delta > 0, P(MnE(X)δ)P\big(|M_n - E(X)| \geq \delta\big) tend vers 00 quand nn tend vers l’infini.

La moyenne d’un échantillon se concentre autour de l’espérance. Cas particulier historique : la fréquence d’un événement au fil de nn répétitions (moyenne de variables de Bernoulli) se rapproche de sa probabilité. C’est le « théorème d’or » de Jacques Bernoulli — le pont entre les statistiques (ce qu’on observe) et les probabilités (ce qu’on modélise), et la justification théorique de l’échantillonnage.

Les pièges classiques

Espérance toujours, variance sous conditions

La linéarité de l’espérance vaut toujours ; l’additivité de la variance exige des variables indépendantes (dans les exercices, cette indépendance fait partie du modèle : épreuves successives indépendantes). Dans V(aX)=a2V(X)V(aX) = a^2 V(X), le carré s’oublie une fois sur deux. Pour la moyenne : E(Mn)=E(X)E(M_n) = E(X) — c’est la variance qui est divisée par nn, pas l’espérance. Enfin, Bienaymé-Tchebychev majore P(XE(X)δ)P(|X - E(X)| \geq \delta) : pour minorer la probabilité contraire P(E(X)δ<X<E(X)+δ)P\big(E(X) - \delta < X < E(X) + \delta\big), passe au complémentaire — elle est supérieure ou égale à 1V(X)δ21 - \dfrac{V(X)}{\delta^2}.

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