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Exercices — Sommes de variables aléatoires et loi des grands nombres

💡 Conseil : fais chaque exercice au brouillon avant d’ouvrir le corrigé — c’est en te trompant que tu progresses.

Exercice 1 — Deux dés chez le forain

On lance deux dés équilibrés à six faces. On note X1X_1 le résultat du premier dé, X2X_2 celui du second, et S=X1+X2S = X_1 + X_2 la somme obtenue.

  1. Calculer E(X1)E(X_1).
  2. En déduire E(S)E(S) sans déterminer la loi de SS.
  3. Un forain propose le jeu suivant : le joueur mise 88 euros, lance les deux dés et reçoit autant d’euros que la somme obtenue. Son gain algébrique est donc G=S8G = S - 8. Ce jeu est-il favorable au joueur ?
  4. Le forain propose une variante : lancer un seul dé et recevoir le double du résultat, pour la même mise de 88 euros — le gain est G=2X18G' = 2X_1 - 8. Comparer E(G)E(G') et E(G)E(G).
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1. Chaque face a la probabilité 16\dfrac{1}{6} :

E(X1)=1+2+3+4+5+66=216=3,5E(X_1) = \frac{1 + 2 + 3 + 4 + 5 + 6}{6} = \frac{21}{6} = 3{,}5

2. Par linéarité de l’espérance : E(S)=E(X1)+E(X2)=3,5+3,5=7E(S) = E(X_1) + E(X_2) = 3{,}5 + 3{,}5 = 7. Aucun besoin de calculer les probabilités des onze valeurs de SS (de 22 à 1212) — c’est toute la puissance de la linéarité.

3. E(G)=E(S)8=78=1E(G) = E(S) - 8 = 7 - 8 = -1 (retrancher une constante retranche cette constante à l’espérance). En moyenne, le joueur perd 11 euro par partie : le jeu lui est défavorable.

4. E(G)=E(2X1)8=2×3,58=1E(G') = E(2X_1) - 8 = 2 \times 3{,}5 - 8 = -1. Les deux jeux ont la même espérance de gain. Ils ne sont pourtant pas identiques : leur dispersion diffère — c’est l’objet de l’exercice 2.

Réflexe à retenir : la linéarité de l’espéranceE(X+Y)=E(X)+E(Y)E(X + Y) = E(X) + E(Y) et E(aX)=aE(X)E(aX) = a\,E(X) — donne l’espérance d’une somme sans jamais chercher sa loi, et elle ne demande aucune hypothèse d’indépendance.

Exercice 2 — Même espérance, pas le même risque

On reprend les notations de l’exercice 1 : X1X_1 et X2X_2 sont les résultats de deux dés équilibrés, indépendants, et S=X1+X2S = X_1 + X_2.

  1. Calculer E(X12)E(X_1^2), puis V(X1)V(X_1) à l’aide de la formule V(X)=E(X2)E(X)2V(X) = E(X^2) - E(X)^2.
  2. En déduire V(S)V(S).
  3. Calculer V(2X1)V(2X_1) et comparer avec V(S)V(S). Que peut-on en dire des jeux G=S8G = S - 8 et G=2X18G' = 2X_1 - 8 de l’exercice 1 ?
  4. Calculer σ(S)\sigma(S) et σ(2X1)\sigma(2X_1) (arrondir au centième), puis conclure.
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1. E(X12)=1+4+9+16+25+366=916E(X_1^2) = \dfrac{1 + 4 + 9 + 16 + 25 + 36}{6} = \dfrac{91}{6}, donc :

V(X1)=916(72)2=1821214712=35122,92V(X_1) = \frac{91}{6} - \left(\frac{7}{2}\right)^2 = \frac{182}{12} - \frac{147}{12} = \frac{35}{12} \approx 2{,}92

2. X1X_1 et X2X_2 sont indépendantes : les variances s’additionnent.

V(S)=V(X1)+V(X2)=3512+3512=3565,83V(S) = V(X_1) + V(X_2) = \frac{35}{12} + \frac{35}{12} = \frac{35}{6} \approx 5{,}83

3. V(2X1)=22V(X1)=4×3512=35311,67V(2X_1) = 2^2\,V(X_1) = 4 \times \dfrac{35}{12} = \dfrac{35}{3} \approx 11{,}67 : c’est le double de V(S)V(S). Les gains GG et GG' ne diffèrent de SS et 2X12X_1 que d’une constante (8-8), qui décale toutes les valeurs sans changer leur dispersion : V(G)=V(S)V(G) = V(S) et V(G)=V(2X1)V(G') = V(2X_1). À espérance égale, la variante du forain est donc deux fois plus dispersée — plus « risquée ».

4. σ(S)=3562,42\sigma(S) = \sqrt{\dfrac{35}{6}} \approx 2{,}42 et σ(2X1)=2σ(X1)=3533,42\sigma(2X_1) = 2\,\sigma(X_1) = \sqrt{\dfrac{35}{3}} \approx 3{,}42. Jouer deux dés indépendants lisse les résultats ; doubler un seul dé amplifie les écarts. Même espérance ne veut pas dire même jeu !

Réflexe à retenir : l’additivité V(X+Y)=V(X)+V(Y)V(X + Y) = V(X) + V(Y) exige l’indépendance, et V(aX)=a2V(X)V(aX) = a^2\,V(X) — surtout, ne confonds jamais X1+X2X_1 + X_2 (deux copies indépendantes) avec 2X12X_1 (le double d’une seule variable) : leurs variances vont du simple au double.

Exercice 3 — Le QCM rempli au hasard

Un QCM comporte 6060 questions ; pour chacune, 44 réponses sont proposées et une seule est correcte. Un candidat répond entièrement au hasard, ses réponses étant indépendantes. On note XX le nombre de bonnes réponses.

  1. Justifier que XX suit la loi binomiale B(60;0,25)\mathcal{B}(60\,;\,0{,}25).
  2. Pour ii allant de 11 à 6060, on note XiX_i la variable qui vaut 11 si la réponse à la question ii est correcte et 00 sinon. Donner la loi de XiX_i, puis E(Xi)E(X_i) et V(Xi)V(X_i).
  3. Écrire XX en fonction des XiX_i, puis retrouver E(X)E(X) et V(X)V(X). Donner σ(X)\sigma(X) (arrondir au centième).
  4. Pour décourager les réponses au hasard, le barème est le suivant : chaque bonne réponse rapporte 11 point, chaque mauvaise réponse enlève un tiers de point. Montrer que la note obtenue est N=43X20N = \dfrac{4}{3}X - 20, calculer E(N)E(N) et interpréter.
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1. On répète 6060 fois la même épreuve de Bernoulli (succès = « réponse correcte », de probabilité 14=0,25\dfrac{1}{4} = 0{,}25 puisque le candidat choisit au hasard parmi 44 réponses), de manière indépendante. XX compte les succès : XX suit B(60;0,25)\mathcal{B}(60\,;\,0{,}25).

2. Chaque XiX_i suit la loi de Bernoulli de paramètre 0,250{,}25, donc E(Xi)=0,25E(X_i) = 0{,}25 et V(Xi)=0,25×0,75=0,1875V(X_i) = 0{,}25 \times 0{,}75 = 0{,}1875.

3. X=X1+X2++X60X = X_1 + X_2 + \cdots + X_{60}. Par linéarité de l’espérance : E(X)=60×0,25=15E(X) = 60 \times 0{,}25 = 15. Les XiX_i étant indépendantes, les variances s’additionnent : V(X)=60×0,1875=11,25V(X) = 60 \times 0{,}1875 = 11{,}25, d’où σ(X)=11,253,35\sigma(X) = \sqrt{11{,}25} \approx 3{,}35. On retrouve bien les formules npnp et np(1p)np(1 - p) de la loi binomiale.

4. Le candidat donne 6060 réponses : XX bonnes et 60X60 - X mauvaises. Sa note vaut donc :

N=X13(60X)=X20+X3=43X20N = X - \frac{1}{3}(60 - X) = X - 20 + \frac{X}{3} = \frac{4}{3}X - 20

Par linéarité : E(N)=43E(X)20=43×1520=2020=0E(N) = \dfrac{4}{3}E(X) - 20 = \dfrac{4}{3} \times 15 - 20 = 20 - 20 = 0. Le barème est précisément calibré pour qu’un candidat répondant entièrement au hasard obtienne zéro en moyenne : le hasard ne rapporte rien.

Réflexe à retenir : décomposer une variable en somme de variables simples (des 00 et des 11), puis appliquer la linéarité pour l’espérance et l’additivité (sous indépendance) pour la variance — c’est exactement la démonstration de E(X)=npE(X) = np et V(X)=np(1p)V(X) = np(1-p).

Exercice 4 — Des pommes et des écarts

La masse, en grammes, d’une pomme récoltée dans un verger est modélisée par une variable aléatoire XX d’espérance 180180 et d’écart type 1010.

  1. Donner V(X)V(X).
  2. Majorer, à l’aide de l’inégalité de Bienaymé-Tchebychev, la probabilité que la masse d’une pomme s’écarte d’au moins 3030 grammes de 180180 grammes.
  3. En déduire une minoration de P(150<X<210)P(150 < X < 210).
  4. Que donne l’inégalité pour un écart d’au moins 55 grammes ? Commenter.
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1. La variance est le carré de l’écart type : V(X)=102=100V(X) = 10^2 = 100.

2. L’inégalité de Bienaymé-Tchebychev avec δ=30\delta = 30 :

P(X18030)V(X)302=100900=190,11P\big(|X - 180| \geq 30\big) \leq \frac{V(X)}{30^2} = \frac{100}{900} = \frac{1}{9} \approx 0{,}11

3. L’événement contraire de « X18030|X - 180| \geq 30 » est « X180<30|X - 180| < 30 », c’est-à-dire « 150<X<210150 < X < 210 ». Donc :

P(150<X<210)119=890,89P(150 < X < 210) \geq 1 - \frac{1}{9} = \frac{8}{9} \approx 0{,}89

Au moins 89%89\,\% (environ) des pommes pèsent entre 150150 et 210210 grammes — quelle que soit la loi précise de XX.

4. Avec δ=5\delta = 5 : la borne vaut 10052=10025=4\dfrac{100}{5^2} = \dfrac{100}{25} = 4. Or une probabilité est toujours inférieure ou égale à 11 : cette majoration n’apporte aucune information. L’inégalité de Bienaymé-Tchebychev n’est utile que pour des écarts δ\delta supérieurs à l’écart type (ici δ>10\delta > 10, pour que la borne passe sous 11) : elle contrôle les grands écarts, pas les petits.

Réflexe à retenir : Bienaymé-Tchebychev majore la probabilité des grands écarts avec la borne V(X)δ2\dfrac{V(X)}{\delta^2} ; pour minorer la probabilité d’être proche de l’espérance, passe à l’événement contraire. Et vérifie toujours que la borne est inférieure à 11 — sinon elle ne dit rien.

Exercice 5 — Garantir la précision d’une moyenne (type contrôle ⭐)

Une machine remplit des paquets de farine. La masse, en grammes, d’un paquet est modélisée par une variable aléatoire d’espérance 500500 et de variance 100100. On prélève nn paquets au hasard : leurs masses X1,,XnX_1, \ldots, X_n forment un échantillon de taille nn (variables indépendantes et de même loi), et on note MnM_n la moyenne de l’échantillon.

  1. Donner E(Mn)E(M_n) et V(Mn)V(M_n).
  2. Écrire l’inégalité de concentration pour MnM_n avec δ=2\delta = 2, et simplifier le majorant.
  3. Déterminer une taille d’échantillon nn garantissant que P(Mn5002)0,05P\big(|M_n - 500| \geq 2\big) \leq 0{,}05.
  4. Le responsable qualité conclut : « avec 500500 paquets, la probabilité que la moyenne s’écarte d’au moins 22 grammes de 500500 grammes est exactement de 5%5\,\% ». Corriger sa phrase, puis énoncer ce que la loi des grands nombres affirme au sujet de MnM_n.
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1. La moyenne d’un échantillon a la même espérance que la variable, et une variance divisée par nn : E(Mn)=500E(M_n) = 500 et V(Mn)=100nV(M_n) = \dfrac{100}{n}.

2. L’inégalité de concentration avec δ=2\delta = 2 :

P(Mn5002)100n×22=1004n=25nP\big(|M_n - 500| \geq 2\big) \leq \frac{100}{n \times 2^2} = \frac{100}{4n} = \frac{25}{n}

3. Il suffit que le majorant soit inférieur ou égal à 0,050{,}05 :

25n0,05    n250,05=500\frac{25}{n} \leq 0{,}05 \iff n \geq \frac{25}{0{,}05} = 500

Un échantillon d’au moins 500500 paquets garantit que la probabilité d’un écart d’au moins 22 grammes entre la moyenne observée et 500500 ne dépasse pas 0,050{,}05.

4. L’inégalité de concentration donne une majoration, pas une égalité : avec 500500 paquets, la probabilité est au plus 0,050{,}05 — et sans doute nettement plus petite, car l’inégalité, universelle, est loin d’être optimale. C’est un raisonnement par condition suffisante : n=500n = 500 garantit l’objectif, mais un échantillon plus petit pourrait suffire en pratique. Quant à la loi des grands nombres, elle affirme que pour tout δ>0\delta > 0, P(Mn500δ)P\big(|M_n - 500| \geq \delta\big) tend vers 00 quand nn tend vers l’infini : la moyenne de l’échantillon se concentre autour de l’espérance 500500 à mesure que l’échantillon grandit.

Réflexe à retenir : pour déterminer une taille d’échantillon, écris l’inégalité de concentration V(X)nδ2α\dfrac{V(X)}{n\,\delta^2} \leq \alpha et résous-la en nn — et souviens-toi que Bienaymé-Tchebychev garantit, elle ne calcule pas.


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