Tle Mathématiques Fiche méthode

Résumé — Graphes et chaînes de Markov

Un plan de métro, un réseau social, les pages web et leurs liens : dès que des objets sont reliés entre eux, un graphe les modélise. Et quand on saupoudre les liens de probabilités — quel temps demain sachant le temps d’aujourd’hui ? — on obtient une chaîne de Markov. Le fil rouge du chapitre : les matrices du chapitre précédent font tous les calculs, des chemins dans un graphe jusqu’aux prévisions à long terme.

Le vocabulaire des graphes

Un graphe est un ensemble de sommets, reliés par des arêtes. L’ordre du graphe est son nombre de sommets. Deux sommets reliés par une arête sont adjacents, et le degré d’un sommet est le nombre d’arêtes qui en partent.

  • Un graphe est orienté quand ses arêtes ont un sens (des flèches — on parle alors de chemins), non orienté sinon.
  • Une chaîne est une suite d’arêtes mises bout à bout ; sa longueur est son nombre d’arêtes. Un graphe est connexe si deux sommets quelconques sont toujours reliés par une chaîne — « tout se tient en un seul morceau ».
  • Le graphe complet d’ordre nn relie chaque paire de sommets : chaque sommet y est de degré n1n - 1, et il compte n(n1)2\dfrac{n(n-1)}{2} arêtes (pour n=4n = 4 : 66 arêtes).

La matrice d’adjacence

On numérote les sommets de 11 à nn. La matrice d’adjacence MM du graphe est la matrice carrée d’ordre nn dont le coefficient ligne ii, colonne jj vaut le nombre d’arêtes allant de ii vers jj (11 ou 00 dans les cas usuels). Pour un graphe non orienté, chaque arête compte dans les deux sens : MM est symétrique.

Compter les chemins avec les puissances

Le coefficient ligne i, colonne j de Mn est le nombre de chemins de longueur n allant de i aˋ j\text{Le coefficient ligne } i \text{, colonne } j \text{ de } M^n \text{ est le nombre de chemins de longueur } n \text{ allant de } i \text{ à } j

Démonstration par récurrence : un chemin de longueur n + 1 de i à j, c’est un chemin de longueur n de i vers un sommet k, suivi d’une arête de k à j — exactement ce que calcule le produit Mⁿ × M.

Autrement dit : au lieu d’énumérer les itinéraires un par un (et d’en oublier), on élève la matrice à la puissance nn et on lit le résultat. C’est l’exemple parfait de l’efficacité du calcul matriciel.

Les chaînes de Markov à deux ou trois états

Un système passe d’un état à un autre au fil des étapes (beau temps / pluie ; abonné A / abonné B…), et la probabilité de l’état suivant ne dépend que de l’état présent — pas du passé. C’est une chaîne de Markov, à deux ou trois états au programme. On la représente par un graphe orienté pondéré : les sommets sont les états, chaque flèche de ii vers jj porte la probabilité de transition correspondante.

  • La matrice de transition PP range ces probabilités : le coefficient ligne ii, colonne jj est la probabilité de passer de l’état ii à l’état jj en une étape. Chaque ligne a pour somme 11 (depuis l’état ii, on va bien quelque part !).
  • La distribution à l’étape nn est la matrice ligne πn\pi_n qui donne les probabilités d’être dans chaque état. π0\pi_0 est la distribution initiale.

Évolution d’une chaîne de Markov

πn+1=πnPdoncπn=π0Pn\pi_{n+1} = \pi_n P \qquad \text{donc} \qquad \pi_n = \pi_0 P^n

Et le coefficient ligne i, colonne j de Pⁿ s’interprète directement : c’est la probabilité de passer de l’état i à l’état j en n transitions.

Exemple à deux états AA et BB : P=(0,80,20,30,7)P = \begin{pmatrix} 0{,}8 & 0{,}2 \\ 0{,}3 & 0{,}7 \end{pmatrix} (depuis AA : rester en AA avec 0,80{,}8, passer en BB avec 0,20{,}2 — la ligne somme bien à 11). Avec π0=(0,50,5)\pi_0 = \begin{pmatrix} 0{,}5 & 0{,}5 \end{pmatrix} :

π1=π0P=(0,5×0,8+0,5×0,3  0,5×0,2+0,5×0,7)=(0,550,45)\pi_1 = \pi_0 P = \begin{pmatrix} 0{,}5 \times 0{,}8 + 0{,}5 \times 0{,}3 & \; 0{,}5 \times 0{,}2 + 0{,}5 \times 0{,}7 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0{,}55 & 0{,}45 \end{pmatrix}

Les distributions invariantes

Une distribution π\pi est invariante lorsque πP=π\pi P = \pi (avec des coefficients positifs de somme 11) : si la chaîne suit cette distribution à une étape, elle la suit encore à la suivante — c’est un équilibre. Pour la trouver, on résout le système πP=π\pi P = \pi complété par la condition « somme des coefficients égale à 11 ».

Sur l’exemple ci-dessus, en posant π=(a1a)\pi = \begin{pmatrix} a & 1 - a \end{pmatrix} : la première coordonnée de πP=π\pi P = \pi donne 0,8a+0,3(1a)=a0{,}8a + 0{,}3(1 - a) = a, soit 0,3=0,5a0{,}3 = 0{,}5a, donc a=0,6a = 0{,}6 :

π=(0,60,4)\pi = \begin{pmatrix} 0{,}6 & 0{,}4 \end{pmatrix}

et on vérifie : 0,6×0,8+0,4×0,3=0,60{,}6 \times 0{,}8 + 0{,}4 \times 0{,}3 = 0{,}6 ✓. Sur les exemples du programme, les distributions πn\pi_n se rapprochent de cette distribution d’équilibre quand nn grandit — c’est elle qui décrit le « long terme » de la chaîne.

Le plan type d’un exercice de Markov

1. Graphe pondéré : place les états et les flèches avec leurs probabilités (vérifie que ce qui part de chaque état somme à 11). 2. Matrice de transition PP, dans le même ordre d’états que l’énoncé. 3. Calculs : π1=π0P\pi_1 = \pi_0 P, π2=π1P\pi_2 = \pi_1 P… ou directement πn=π0Pn\pi_n = \pi_0 P^n. 4. Long terme : résous πP=π\pi P = \pi avec somme 11. Ce déroulé couvre la quasi-totalité des sujets.

Les pièges classiques

Lignes, colonnes : ne les échange pas

Dans une matrice de transition, ce sont les lignes qui somment à 11 (ligne = état de départ) — si tes colonnes somment à 11, tu as rempli la matrice à l’envers. La distribution est une matrice ligne qu’on multiplie à gauche de PP : πn+1=πnP\pi_{n+1} = \pi_n P, pas PπnP\pi_n. Enfin, ne confonds pas matrice d’adjacence (des comptages d’arêtes, entiers) et matrice de transition (des probabilités) : la première compte des chemins, la seconde propage des distributions.

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