Résumé — PGCD, théorèmes de Bézout et de Gauss, nombres premiers
Comment simplifier une fraction à coup sûr ? Comment savoir si l’équation a des solutions entières — et toutes les trouver ? Pourquoi les nombres premiers sont-ils au cœur du chiffrement de tes données ? Ce chapitre rassemble les grands théorèmes de l’arithmétique : trois noms à retenir — Euclide, Bézout, Gauss — et un invité de marque, Fermat.
Le PGCD et l’algorithme d’Euclide
Le PGCD de deux entiers et (non tous deux nuls) est le plus grand diviseur commun à et . Le calculer par la liste des diviseurs est vite pénible : l’algorithme d’Euclide fait mieux, grâce à la propriété clé — si est la division euclidienne de par , alors :
On divise, on remplace, on recommence : le PGCD est le dernier reste non nul. Exemple avec et :
donc . Application immédiate : après division par — la fraction est devenue irréductible.
Entiers premiers entre eux et théorème de Bézout
Deux entiers sont premiers entre eux lorsque leur PGCD vaut : leurs seuls diviseurs communs sont et . (Attention : premiers entre eux ne veut pas dire premiers ! et ne sont pas premiers, mais ils sont premiers entre eux.)
Théorème de Bézout
Plus généralement, le PGCD de a et b s’écrit toujours sous la forme au + bv — mais attention, au + bv = d ne prouve que « pgcd divise d », sauf si d = 1.
Pour trouver un couple , on « remonte » l’algorithme d’Euclide (algorithme d’Euclide étendu). Exemple avec et : puis . En partant de la fin :
Vérification : ✓. Application majeure : si , l’égalité donne — le nombre est un inverse de modulo , l’outil qui résout les congruences en multipliant les deux membres par .
Le théorème de Gauss
Théorème de Gauss
Démonstration éclair : au + bv = 1 donne acu + bcv = c ; a divise acu et bcv (car a divise bc), donc a divise c.
Deux conséquences à connaître : si et sont premiers entre eux et divisent tous deux , alors ; et si un nombre premier divise un produit , alors divise ou divise .
Résoudre une équation diophantienne ax + by = c
Une équation diophantienne est une équation dont on cherche les solutions entières. Pour :
- Existence : il y a des solutions si, et seulement si, divise . Ainsi n’a aucune solution entière ().
- Méthode complète sur : Bézout donne , donc en multipliant par : est une solution particulière. Si est une autre solution, la soustraction des deux égalités donne . Comme divise et est premier avec , le théorème de Gauss donne , d’où puis . Réciproquement, tous ces couples conviennent :
Le scénario en quatre actes (à dérouler à chaque fois)
1. Bézout (par remontée d’Euclide) pour une solution particulière. 2. Soustraire l’équation et la solution particulière. 3. Gauss pour en déduire la forme des solutions. 4. Vérifier la réciproque en réinjectant. Ce plan est pratiquement toujours celui attendu en contrôle.
Les nombres premiers
Un entier est premier s’il n’a que deux diviseurs positifs : et lui-même. Les premiers : — et la liste ne s’arrête jamais : l’ensemble des nombres premiers est infini. (Démonstration éclair : si étaient les seuls, le nombre aurait un diviseur premier, nécessairement différent de tous les — puisque la division de par chaque laisse le reste . Contradiction.)
- Tester la primalité de : il suffit d’essayer les diviseurs premiers jusqu’à . Exemple : n’est divisible ni par , ni par , ni par , ni par , ni par , ni par , et : donc est premier. (Le crible d’Ératosthène industrialise l’idée pour lister tous les premiers jusqu’à un seuil.)
- Décomposition en facteurs premiers : tout entier s’écrit comme produit de facteurs premiers, et cette écriture est unique à l’ordre près. Exemple : . On y lit les diviseurs, et le PGCD de deux nombres s’obtient en prenant les facteurs communs avec le plus petit exposant.
Le petit théorème de Fermat
Petit théorème de Fermat
L’exposant magique est p − 1 (pas p !). C’est l’outil roi pour les restes de très grandes puissances modulo un nombre premier.
Exemple : est premier et ne divise pas , donc — sans calculer . Pour un exposant énorme, on fait la division euclidienne de l’exposant par et on conclut comme au chapitre des congruences.
Application : déchiffrer un message
Le chiffrement affine code chaque lettre (numérotée de à ) par le reste de modulo . Pour déchiffrer, il faut « diviser par » modulo , c’est-à-dire multiplier par un inverse de modulo — il existe exactement quand , et c’est la remontée de l’algorithme d’Euclide (Bézout) qui le fournit. Exemple : l’inverse de modulo est , car . C’est le principe de base des problèmes de chiffrement du programme.
Les pièges classiques
Trois confusions qui coûtent cher
Bézout n’est pas magique : ne dit pas que le PGCD vaut , seulement qu’il divise — l’équivalence n’a lieu que pour . Gauss exige la primalité relative : divise mais ne divise ni ni ( n’est premier ni avec ni avec ). n’est pas premier (il n’a qu’un diviseur positif) — et dans Fermat, n’oublie pas l’hypothèse « ne divise pas » pour la version .