Exercices corrigés — Dosages par étalonnage : la spectrophotométrie
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Le rouge d’un sirop de grenadine, le vert d’une boisson à la menthe, la tache d’éosine sur un genou écorché : chaque couleur vient d’une espèce chimique qui absorbe une partie de la lumière. Et plus cette espèce est concentrée, plus elle absorbe. Le dosage par étalonnage part de cette idée pour mesurer une concentration avec un spectrophotomètre et quelques solutions de concentrations connues, sans faire réagir l’échantillon. On le retrouve en TP et dans de nombreux sujets de contrôle. Les trois premiers exercices vérifient que le cours est compris, sans calcul : deux quiz et un texte à trous, corrigés dès que tu valides. Les deux suivants sont des situations de contrôle, avec un corrigé rédigé comme au tableau.
De la couleur à la concentration
1. La couleur
Une espèce colorée absorbe une partie de la lumière blanche, surtout à λmax, la longueur d’onde du maximum de son spectre d’absorption. On la voit de la couleur complémentaire de celle qu’elle absorbe le plus. Par exemple :
absorbe l’orange paraît bleue
Deux couleurs complémentaires se font face sur l’étoile chromatique, ci-dessous.
2. L’absorbance
Le spectrophotomètre mesure l’absorbance A, un nombre sans unité, en général à λmax. Pour une solution diluée, la loi de Beer-Lambert s’écrit :
A = k × C
k = ε × ℓ : ε (epsilon) dépend de l’espèce et de λ, ℓ est l’épaisseur de la cuve.
3. Le dosage
Des solutions étalons, de concentrations connues, donnent la droite A = f(C), qui passe par l’origine. L’échantillon, mesuré dans les mêmes conditions, a pour concentration :
C = A / k
Si l’absorbance dépasse celle de l’étalon le plus concentré, on dilue l’échantillon d’un facteur connu, puis on multiplie le résultat par ce facteur.
L’étoile chromatique et les couleurs du visible
Deux couleurs face à face sur l’étoile sont complémentaires : violet et jaune, bleu et orange, vert et rouge. Une solution qui absorbe surtout le vert paraît rouge.
- violet de 400 nm à 440 nm
- bleu de 440 nm à 490 nm
- vert de 490 nm à 560 nm
- jaune de 560 nm à 590 nm
- orange de 590 nm à 625 nm
- rouge de 625 nm à 800 nm
Avant de te lancer : pour les exercices 4 et 5, cherche au brouillon avant d’ouvrir le corrigé : c’est en te trompant que tu progresses. Les exercices réussis se cochent au fur et à mesure, et la page retient où tu en es.
Pourquoi cette solution est-elle colorée ?
★★★Quiz de compréhension du cours
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Juste. La bonne réponse : La lumière transmise par la solution, privée des radiations absorbées. Une solution colorée ne produit pas de lumière : elle en retient une partie. Les radiations absorbées par les ions cuivre Cu2+ disparaissent du faisceau, et l'œil reçoit le reste, la lumière transmise. C'est elle qui donne sa couleur à la solution.
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Juste. La bonne réponse : Orange. La solution absorbe surtout le bleu et laisse passer le reste de la lumière blanche. On la voit de la couleur complémentaire du bleu, l'orange, qui lui fait face sur l'étoile chromatique. Ce colorant s'appelle d'ailleurs le jaune orangé S.
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Juste. La bonne réponse : Elle reste bleue, en plus pâle : le maximum d'absorption reste à la même longueur d'onde. Diluer diminue la concentration : l'absorbance baisse dans la même proportion à toutes les longueurs d'onde. Le maximum reste à la même longueur d'onde λmax, donc la couleur absorbée et la couleur perçue ne changent pas. Seule l'intensité de la teinte diminue.
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Juste. La bonne réponse : Incolore, car elle n'absorbe que dans l'ultraviolet. Le domaine visible s'étend d'environ 400 nm à 800 nm. À 273 nm, on est dans l'ultraviolet, invisible pour l'œil : la solution transmet toute la lumière visible et paraît incolore. Un spectre UV-visible révèle donc aussi des absorptions que l'œil ne perçoit pas.
Mesurer une absorbance
★★★Quiz : le spectrophotomètre et la loi de Beer-Lambert
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Juste. La bonne réponse : À ce que l'absorbance mesurée ensuite ne vienne que de l'espèce dissoute. La cuve et le solvant absorbent eux aussi un peu de lumière. En réglant le zéro avec eux, on retire leur contribution : l'absorbance affichée ensuite ne vient que de l'espèce dissoute. On refait le blanc à chaque changement de longueur d'onde.
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Juste. La bonne réponse : Non : la droite tracée à 504 nm est plus pentue. Dans A = k × C, le coefficient k dépend du colorant et de la cuve, mais aussi de la longueur d'onde. À 504 nm, le maximum d'absorption, une même concentration donne la plus grande absorbance : la droite y est la plus pentue et la mesure la plus sensible. C'est pour cela qu'on travaille en général à λmax.
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Juste. La bonne réponse : Elle est deux fois trop grande. La loi de Beer-Lambert s'écrit A = ε × ℓ × C, où ε (epsilon) est le coefficient d'absorption molaire, propre à l'espèce et à la longueur d'onde, et ℓ l'épaisseur de solution traversée. Avec une cuve deux fois plus épaisse, l'absorbance double, et la concentration lue sur la droite aussi. Les étalons et l'échantillon se mesurent donc dans la même cuve.
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Juste. La bonne réponse : La droite ne doit servir que dans le domaine où les points sont alignés. Pour des solutions trop concentrées, l'absorbance n'est plus proportionnelle à la concentration : la loi de Beer-Lambert ne s'applique plus. La droite ne sert que dans le domaine où les points sont alignés avec l'origine. Un échantillon plus concentré se dilue d'abord, d'un facteur connu.
Le chapitre en un paragraphe
★★★Le cours en un texte à trous
Une espèce colorée absorbe une partie de la lumière blanche : on la voit de la couleur complémentaire de celle qu'elle absorbe le plus. Son spectre d'absorption donne l'absorbance en fonction de la longueur d'onde . L'absorbance est un nombre sans unité . Pour un dosage, on prépare une gamme étalon : des solutions de l'espèce à doser, de concentrations connues. Pour des solutions diluées, l'absorbance et la concentration sont proportionnelles : les points forment une droite qui passe par l'origine du repère . On mesure enfin l'échantillon dans la même cuve et à la même longueur d'onde que les étalons, puis on lit sa concentration sur la droite.
Le spectre A = f(λ) sert à choisir la longueur d'onde de travail, la droite A = f(C) sert à doser : ce sont deux graphiques différents. L'absorbance compare la lumière qui sort de la cuve à celle qui y entre, d'où un nombre sans unité. Et la droite passe par l'origine : une fois le blanc réglé, une solution sans espèce colorée n'absorbe pas.
Préparer une gamme étalon
★★★Du protocole de TP à la droite d'étalonnage
Pour doser la tartrazine, un colorant jaune (E102), on prépare d’abord une gamme étalon à partir d’une solution mère de tartrazine, de concentration . Chaque solution étalon a un volume .
Verrerie disponible : béchers ; éprouvettes graduées de et de ; pipettes jaugées de et de ; fioles jaugées de et de .
- On veut préparer la solution étalon , de concentration . Calculer le volume de solution mère à prélever.
- Choisir la verrerie, puis rédiger le protocole de préparation de .
On mesure ensuite l’absorbance de chaque solution étalon à , la longueur d’onde du maximum d’absorption de la tartrazine, dans une cuve d’épaisseur , après avoir fait le blanc avec de l’eau distillée.
| Solution étalon | Concentration () | Absorbance |
|---|---|---|
- Montrer que ces mesures sont compatibles avec la loi de Beer-Lambert.
- En déduire la valeur du coefficient de la relation , avec son unité.
Voir le corrigé
1. Lors d’une dilution, la quantité de matière de tartrazine prélevée dans la solution mère se retrouve en entier dans la solution fille : . On isole le volume à prélever :
Les deux concentrations sont dans la même unité et se simplifient : le volume sort directement en millilitres, l’unité de .
2. Le prélèvement doit être précis : on utilise la pipette jaugée de , et non une éprouvette graduée, moins précise. Le volume final de s’obtient avec la fiole jaugée de . Le protocole :
- verser un peu de solution mère dans un bécher propre et sec, pour ne pas risquer de polluer le flacon ;
- rincer la pipette jaugée avec un peu de cette solution, puis prélever à l’aide d’une propipette (une poire aspirante) ;
- verser ce prélèvement dans la fiole jaugée de ;
- compléter avec de l’eau distillée jusqu’au trait de jauge, le bas du ménisque sur le trait ;
- boucher la fiole et la retourner plusieurs fois pour homogénéiser la solution.
3. Si la loi de Beer-Lambert est vérifiée, l’absorbance est proportionnelle à la concentration : le quotient est le même pour toutes les solutions étalons. On le calcule pour chacune :
Les quatre quotients sont très proches : aux incertitudes de mesure près, l’absorbance est proportionnelle à la concentration. Sur un graphique, les points seraient alignés sur une droite passant par l’origine. Les mesures sont donc compatibles avec la loi de Beer-Lambert.
4. Le coefficient est la valeur commune de ces quotients. On le calcule avec le point le plus éloigné de l’origine, , sur lequel un petit écart de mesure pèse le moins :
L’absorbance n’a pas d’unité et la concentration s’exprime en : s’exprime donc en , l’inverse de l’unité de la concentration.
Réflexe à retenir : cette droite ne vaut que pour la tartrazine, à et dans cette cuve. L’échantillon à doser se mesure dans les mêmes conditions.
L'éosine de la trousse à pharmacie
★★★Type contrôle, avec trois documents à exploiter
L’éosine est un antiseptique rouge, qu’on applique sur la peau. Pour vérifier l’indication de l’étiquette d’un flacon, on dose par étalonnage l’espèce colorée de la solution, l’éosine disodique.
Éosine disodique 2 %
Solution pour application cutanée
Composition pour 100 mL de solution
- éosine disodique
- 2,0 g
- eau purifiée
- jusqu’à 100 mL
Usage externe.
La solution commerciale est trop colorée pour être mesurée telle quelle. On la dilue fois : on obtient la solution . On dilue ensuite fois : on obtient la solution . Les étalons, et sont mesurés à la même longueur d’onde, dans la même cuve, après le même blanc.
Données : domaine du vert : de à ; couples de couleurs complémentaires : violet et jaune, bleu et orange, vert et rouge ; masse molaire de l’éosine disodique : . On rappelle : , où est la concentration en quantité de matière et la concentration en masse.
- Déterminer, à l’aide du document 2, la longueur d’onde du maximum d’absorption de l’éosine. Expliquer la couleur rouge de la solution, puis justifier le choix de régler le spectrophotomètre à cette longueur d’onde.
- Déterminer, à l’aide du document 3, le coefficient directeur de la droite d’étalonnage.
- La solution donne une absorbance . Expliquer pourquoi cette mesure ne permet pas de déterminer la concentration de .
- La solution donne une absorbance . Déterminer sa concentration , puis la concentration en éosine disodique de la solution commerciale.
- Calculer la concentration en masse d’éosine disodique de la solution commerciale. Le résultat est-il en accord avec l’étiquette ?
Voir le corrigé
1. Sur le document 2, le sommet de la courbe se trouve à . Cette longueur d’onde appartient au domaine du vert, de à : l’éosine absorbe surtout le vert. La couleur perçue est la complémentaire de la couleur absorbée, et la complémentaire du vert est le rouge : la solution paraît rouge, comme on l’observe.
On règle le spectrophotomètre à , parce que l’éosine y absorbe le plus : pour une même concentration, l’absorbance y est la plus grande, ce qui rend la mesure la plus sensible.
2. Les points sont alignés sur une droite qui passe par l’origine : . On lit les coordonnées d’un point de la droite éloigné de l’origine, et :
Attention à l’axe horizontal : la graduation « 10 » signifie , et non .
3. L’absorbance est bien plus grande que celle de l’étalon le plus concentré, : la solution sort de la gamme étalon. Rien ne garantit que la loi de Beer-Lambert reste vérifiée à une telle absorbance : pour les solutions trop concentrées, les points s’écartent en général de la droite. La droite ne peut donc pas servir, et il faut diluer davantage : c’est le rôle de la solution .
4. L’absorbance est dans la gamme étalon. Avec la loi de Beer-Lambert :
La lecture graphique donne la même valeur :
La solution est fois plus diluée que , elle-même fois plus diluée que la solution commerciale. Le facteur de dilution total vaut donc : la solution commerciale est fois plus concentrée que .
5. On passe de la concentration en quantité de matière à la concentration en masse avec la masse molaire :
L’étiquette annonce d’éosine disodique pour de solution :
Avec deux chiffres significatifs, la valeur mesurée est égale à la valeur annoncée : le dosage confirme l’indication de l’étiquette.
Réflexe à retenir : après une ou plusieurs dilutions, on remonte à la solution de départ en multipliant par le facteur de dilution total. Sans cette étape, on donnerait la concentration de la solution diluée, pas celle du flacon.
Les trois réflexes à retenir
- La couleur perçue est la complémentaire de la couleur absorbée. Une solution rouge absorbe surtout le vert : on repère la couleur absorbée au maximum du spectre, , puis on lit sa complémentaire en face, sur l’étoile chromatique.
- Les étalons et l’échantillon se mesurent dans les mêmes conditions. La droite d’étalonnage ne vaut que pour la même espèce, la même longueur d’onde et la même cuve, après le même blanc.
- Reste dans la gamme étalon. Si l’absorbance de l’échantillon dépasse celle de l’étalon le plus concentré, dilue-le d’un facteur connu, mesure de nouveau, puis multiplie la concentration trouvée par ce facteur.