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Exercices — Le raisonnement par récurrence

💡 Conseil : fais chaque exercice au brouillon avant d’ouvrir le corrigé — c’est en te trompant que tu progresses.

Exercice 1 — Première récurrence : trouver une formule explicite

La suite (un)(u_n) est définie par u0=2u_0 = 2 et, pour tout entier naturel nn, un+1=2un1u_{n+1} = 2u_n - 1.

  1. Calculer u1u_1, u2u_2 et u3u_3.
  2. Conjecturer une formule donnant unu_n en fonction de nn.
  3. Démontrer cette conjecture par récurrence.
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1. u1=2×21=3u_1 = 2 \times 2 - 1 = 3, puis u2=2×31=5u_2 = 2 \times 3 - 1 = 5, et u3=2×51=9u_3 = 2 \times 5 - 1 = 9.

2. Les termes 22, 33, 55, 99 dépassent chacun de 11 les puissances de deux 11, 22, 44, 88 : on conjecture que pour tout entier naturel nn, un=2n+1u_n = 2^n + 1.

3. Notons P(n)P(n) la propriété « un=2n+1u_n = 2^n + 1 ».

  • Initialisation : 20+1=1+1=2=u02^0 + 1 = 1 + 1 = 2 = u_0, donc P(0)P(0) est vraie.
  • Hérédité : supposons P(n)P(n) vraie pour un certain entier naturel nn, c’est-à-dire un=2n+1u_n = 2^n + 1. Alors :

un+1=2un1=2(2n+1)1=2n+1+21=2n+1+1u_{n+1} = 2u_n - 1 = 2\left(2^n + 1\right) - 1 = 2^{n+1} + 2 - 1 = 2^{n+1} + 1

C’est exactement P(n+1)P(n+1).

  • Conclusion : par récurrence, un=2n+1u_n = 2^n + 1 pour tout entier naturel nn.

Réflexe à retenir : la démarche complète tient en trois verbes — calculer les premiers termes, conjecturer une formule, la démontrer par récurrence. Et dans l’hérédité, l’hypothèse de récurrence doit apparaître noir sur blanc dans le calcul.

Exercice 2 — Une somme classique

  1. Démontrer par récurrence que pour tout entier n1n \geq 1 :

1+2+3++n=n(n+1)21 + 2 + 3 + \cdots + n = \frac{n(n+1)}{2}

  1. En déduire la valeur de 1+2++1001 + 2 + \cdots + 100.
  2. En déduire une formule pour la somme des nombres pairs 2+4++2n2 + 4 + \cdots + 2n.
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1. Notons P(n)P(n) la propriété « 1+2++n=n(n+1)21 + 2 + \cdots + n = \dfrac{n(n+1)}{2} ».

  • Initialisation (n=1n = 1) : à gauche, la somme vaut 11 ; à droite, 1×22=1\dfrac{1 \times 2}{2} = 1. Donc P(1)P(1) est vraie.
  • Hérédité : supposons P(n)P(n) vraie pour un certain entier n1n \geq 1. Alors, en isolant le dernier terme de la somme au rang n+1n+1 :

1+2++n+(n+1)=n(n+1)2+(n+1)=(n+1)(n2+1)=(n+1)(n+2)21 + 2 + \cdots + n + (n+1) = \frac{n(n+1)}{2} + (n+1) = (n+1)\left(\frac{n}{2} + 1\right) = \frac{(n+1)(n+2)}{2}

C’est la formule au rang n+1n+1 : P(n+1)P(n+1) est vraie.

  • Conclusion : par récurrence, la formule est vraie pour tout entier n1n \geq 1.

2. 1+2++100=100×1012=50501 + 2 + \cdots + 100 = \dfrac{100 \times 101}{2} = 5050.

3. On factorise par 22 : 2+4++2n=2(1+2++n)=2×n(n+1)2=n(n+1)2 + 4 + \cdots + 2n = 2(1 + 2 + \cdots + n) = 2 \times \dfrac{n(n+1)}{2} = n(n+1).

Réflexe à retenir : dans l’hérédité d’une formule de somme, isole le dernier terme pour faire apparaître la somme au rang nn (l’hypothèse de récurrence), puis factorise — ici par n+1n+1.

Exercice 3 — Majoration puis monotonie

La suite (un)(u_n) est définie par u0=0u_0 = 0 et, pour tout entier naturel nn, un+1=12un+3u_{n+1} = \dfrac{1}{2}u_n + 3.

  1. Calculer u1u_1 et u2u_2.
  2. Démontrer par récurrence que pour tout entier naturel nn, un6u_n \leq 6.
  3. En déduire le sens de variation de la suite (un)(u_n).
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1. u1=12×0+3=3u_1 = \dfrac{1}{2} \times 0 + 3 = 3, puis u2=12×3+3=4,5u_2 = \dfrac{1}{2} \times 3 + 3 = 4{,}5.

2. Notons P(n)P(n) la propriété « un6u_n \leq 6 ».

  • Initialisation : u0=06u_0 = 0 \leq 6, donc P(0)P(0) est vraie.
  • Hérédité : supposons un6u_n \leq 6 pour un certain entier naturel nn. Alors 12un3\dfrac{1}{2}u_n \leq 3, donc :

un+1=12un+33+3=6u_{n+1} = \frac{1}{2}u_n + 3 \leq 3 + 3 = 6

Donc P(n+1)P(n+1) est vraie.

  • Conclusion : par récurrence, un6u_n \leq 6 pour tout entier naturel nn.

3. On étudie le signe de la différence entre deux termes consécutifs :

un+1un=12un+3un=312un=12(6un)u_{n+1} - u_n = \frac{1}{2}u_n + 3 - u_n = 3 - \frac{1}{2}u_n = \frac{1}{2}\left(6 - u_n\right)

D’après la question 2, un6u_n \leq 6, donc 6un06 - u_n \geq 0 et un+1un0u_{n+1} - u_n \geq 0 : la suite (un)(u_n) est croissante. (Croissante et majorée par 66 : au chapitre des limites, tu verras que cela suffit à garantir qu’elle converge.)

Réflexe à retenir : pour comparer un+1u_{n+1} et unu_n, étudie le signe de la différence un+1unu_{n+1} - u_n — et remarque l’enchaînement très classique : la majoration démontrée par récurrence sert immédiatement à établir la monotonie.

Exercice 4 — Récurrence et divisibilité

Démontrer que pour tout entier naturel nn, le nombre 4n14^n - 1 est divisible par 33.

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Notons P(n)P(n) la propriété « 4n14^n - 1 est divisible par 33 », c’est-à-dire : il existe un entier kk tel que 4n1=3k4^n - 1 = 3k.

  • Initialisation : 401=11=0=3×04^0 - 1 = 1 - 1 = 0 = 3 \times 0, donc P(0)P(0) est vraie.
  • Hérédité : supposons P(n)P(n) vraie pour un certain entier naturel nn : il existe un entier kk tel que 4n1=3k4^n - 1 = 3k. On transforme 4n+114^{n+1} - 1 pour faire apparaître 4n14^n - 1 :

4n+11=4×4n1=4(4n1)+41=4×3k+3=3(4k+1)4^{n+1} - 1 = 4 \times 4^n - 1 = 4\left(4^n - 1\right) + 4 - 1 = 4 \times 3k + 3 = 3(4k + 1)

Comme 4k+14k + 1 est un entier, 4n+114^{n+1} - 1 est divisible par 33 : P(n+1)P(n+1) est vraie.

  • Conclusion : par récurrence, 4n14^n - 1 est divisible par 33 pour tout entier naturel nn.

Réflexe à retenir : dans une hérédité de divisibilité, fais apparaître l’expression du rang nn par un jeu d’écriture (4×4n1=4(4n1)+34 \times 4^n - 1 = 4(4^n - 1) + 3), puis factorise par le diviseur.

Exercice 5 — L’inégalité de Bernoulli (type contrôle ⭐)

  1. Démontrer par récurrence que pour tout réel a0a \geq 0 et tout entier naturel nn :

(1+a)n1+na(1 + a)^n \geq 1 + na

  1. En déduire que pour tout entier naturel nn : 1,05n1+0,05n1{,}05^n \geq 1 + 0{,}05n.
  2. En déduire un entier n0n_0 tel que, pour tout nn0n \geq n_0, on ait 1,05n31{,}05^n \geq 3.
  3. Que peut-on conjecturer sur le comportement de 1,05n1{,}05^n quand nn devient très grand ?
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1. Soit a0a \geq 0 un réel fixé. Notons P(n)P(n) la propriété « (1+a)n1+na(1+a)^n \geq 1 + na ».

  • Initialisation : (1+a)0=1(1+a)^0 = 1 et 1+0×a=11 + 0 \times a = 1 ; comme 111 \geq 1, P(0)P(0) est vraie.
  • Hérédité : supposons P(n)P(n) vraie pour un certain entier naturel nn. Comme 1+a>01 + a > 0, on peut multiplier les deux membres de l’inégalité (1+a)n1+na(1+a)^n \geq 1 + na par 1+a1 + a sans en changer le sens :

(1+a)n+1(1+na)(1+a)=1+a+na+na2=1+(n+1)a+na2(1+a)^{n+1} \geq (1 + na)(1 + a) = 1 + a + na + na^2 = 1 + (n+1)a + na^2

Or na20na^2 \geq 0, donc 1+(n+1)a+na21+(n+1)a1 + (n+1)a + na^2 \geq 1 + (n+1)a. Ainsi (1+a)n+11+(n+1)a(1+a)^{n+1} \geq 1 + (n+1)a : P(n+1)P(n+1) est vraie.

  • Conclusion : par récurrence, (1+a)n1+na(1+a)^n \geq 1 + na pour tout entier naturel nn.

2. On applique l’inégalité avec a=0,050a = 0{,}05 \geq 0 : comme 1+0,05=1,051 + 0{,}05 = 1{,}05, on obtient 1,05n1+0,05n1{,}05^n \geq 1 + 0{,}05n pour tout entier naturel nn.

3. Il suffit d’avoir 1+0,05n31 + 0{,}05n \geq 3, c’est-à-dire 0,05n20{,}05n \geq 2, soit n40n \geq 40. Donc pour tout n40n \geq 40 : 1,05n1+0,05n31{,}05^n \geq 1 + 0{,}05n \geq 3. On peut prendre n0=40n_0 = 40. (Bernoulli fournit un rang suffisant, pas le plus petit : à la calculatrice, 1,05n1{,}05^n dépasse 33 dès n=23n = 23.)

4. Comme 1+0,05n1 + 0{,}05n devient aussi grand qu’on veut, 1,05n1{,}05^n finit par dépasser n’importe quel seuil : on conjecture que 1,05n1{,}05^n tend vers ++\infty. C’est exactement ce que démontrera le théorème de comparaison au chapitre des limites de suites.

Réflexe à retenir : dans l’hérédité d’une inégalité, on multiplie par un nombre dont on vérifie qu’il est positif (ici 1+a1 + a), puis on se débarrasse du terme en trop (na2na^2) en justifiant qu’il est positif ou nul.


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