Tle Mathématiques Fiche méthode

Résumé — Les matrices

Une feuille de calcul, une image numérique, les connexions d’un réseau : dans tous les cas, un tableau de nombres. Les matrices sont exactement ça — des tableaux qu’on apprend à additionner, multiplier, inverser. L’intérêt ? Une matrice condense tout un système d’équations en une seule lettre, et une multiplication matricielle fait d’un coup tous les calculs que tu ferais ligne par ligne. C’est l’outil de calcul du chapitre suivant sur les graphes et les chaînes de Markov.

Le vocabulaire

Une matrice de dimension (ou format) n×pn \times p est un tableau de nombres réels à nn lignes et pp colonnes. Le coefficient situé ligne ii, colonne jj se note aija_{ij}. Cas particuliers : matrice carrée d’ordre nn (autant de lignes que de colonnes), matrice ligne (1×p1 \times p), matrice colonne (n×1n \times 1). Deux matrices sont égales lorsqu’elles ont la même dimension et les mêmes coefficients, place par place.

Somme et produit par un réel

Pour deux matrices de même dimension, la somme A+BA + B s’obtient en additionnant les coefficients place par place ; le produit kAkA par un réel kk multiplie chaque coefficient par kk. Exemple :

(1234)+(0123)=(1357)et3(1234)=(36912)\begin{pmatrix} 1 & 2 \\ 3 & 4 \end{pmatrix} + \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 2 & 3 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 1 & 3 \\ 5 & 7 \end{pmatrix} \qquad \text{et} \qquad 3\begin{pmatrix} 1 & 2 \\ 3 & 4 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 3 & 6 \\ 9 & 12 \end{pmatrix}

Le produit matriciel

Le produit ABAB existe lorsque le nombre de colonnes de AA égale le nombre de lignes de BB. Le coefficient ligne ii, colonne jj de ABAB se calcule en parcourant la ligne ii de AA et la colonne jj de BB : produits terme à terme, puis somme. Exemple :

(1234)(0123)=(1×0+2×21×1+2×33×0+4×23×1+4×3)=(47815)\begin{pmatrix} 1 & 2 \\ 3 & 4 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 2 & 3 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 1 \times 0 + 2 \times 2 & 1 \times 1 + 2 \times 3 \\ 3 \times 0 + 4 \times 2 & 3 \times 1 + 4 \times 3 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 4 & 7 \\ 8 & 15 \end{pmatrix}

Le produit matriciel n’est PAS commutatif

Avec les matrices ci-dessus, le produit dans l’autre sens donne (341116)\begin{pmatrix} 3 & 4 \\ 11 & 16 \end{pmatrix} : en général ABBAAB \neq BA ! Conséquences : on ne « simplifie » pas comme avec des nombres, on multiplie les deux membres d’une égalité du même côté, et les identités remarquables ne s’appliquent plus telles quelles. Autre surprise : ABAB peut être la matrice nulle sans que AA ni BB le soit.

Matrice identité et puissances

La matrice identité d’ordre nn, notée InI_n, porte des 11 sur la diagonale et des 00 ailleurs : I2=(1001)I_2 = \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 1 \end{pmatrix}. Elle joue le rôle du nombre 11 : pour toute matrice carrée AA d’ordre nn, AIn=InA=AAI_n = I_n A = A. Les puissances se définissent comme pour les nombres : A2=A×AA^2 = A \times A, Ak+1=Ak×AA^{k+1} = A^k \times A (et A0=InA^0 = I_n). Exemple à connaître :

A=(1101)    A2=(1201),A3=(1301),et par reˊcurrence An=(1n01)A = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 1 \end{pmatrix} \implies A^2 = \begin{pmatrix} 1 & 2 \\ 0 & 1 \end{pmatrix}, \quad A^3 = \begin{pmatrix} 1 & 3 \\ 0 & 1 \end{pmatrix}, \quad \text{et par récurrence } A^n = \begin{pmatrix} 1 & n \\ 0 & 1 \end{pmatrix}

Conjecturer puis prouver par récurrence

Pour une formule de AnA^n : calcule A2A^2 et A3A^3, conjecture la forme générale, puis démontre-la par récurrence — l’hérédité consiste à calculer An+1=An×AA^{n+1} = A^n \times A avec la formule conjecturée. C’est le scénario standard des exercices de puissances (et la calculatrice sait vérifier A5A^5 ou A10A^{10} en un instant).

La matrice inverse

Une matrice carrée AA d’ordre nn est inversible s’il existe une matrice BB telle que AB=BA=InAB = BA = I_n. Cette matrice, unique, est l’inverse de AA, notée A1A^{-1}.

Inverse d’une matrice 2×2

A=(abcd):si adbc0,A1=1adbc(dbca)A = \begin{pmatrix} a & b \\ c & d \end{pmatrix} : \quad \text{si } ad - bc \neq 0, \qquad A^{-1} = \frac{1}{ad - bc}\begin{pmatrix} d & -b \\ -c & a \end{pmatrix}

Le nombre ad − bc est le déterminant de A. S’il est nul, A n’a pas d’inverse. Moyen mnémotechnique : on échange les coefficients de la diagonale, on change le signe des deux autres, on divise par le déterminant.

Exemple : A=(2153)A = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 5 & 3 \end{pmatrix} a pour déterminant 2×31×5=102 \times 3 - 1 \times 5 = 1 \neq 0, donc A1=(3152)A^{-1} = \begin{pmatrix} 3 & -1 \\ -5 & 2 \end{pmatrix} — et on vérifie que AA1=I2AA^{-1} = I_2.

Une matrice peut transformer le plan

Une matrice 2×22 \times 2 peut représenter une transformation géométrique : en la multipliant par la colonne (xy)\begin{pmatrix} x \\ y \end{pmatrix} d’un point, on obtient son image. Exemple : R=(0110)R = \begin{pmatrix} 0 & -1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix} envoie (x;y)(x\,;\,y) sur (y;x)(-y\,;\,x) — c’est la rotation d’angle π2\dfrac{\pi}{2} autour de l’origine. De même, (1001)\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & -1 \end{pmatrix} représente la symétrie par rapport à l’axe des abscisses. Et composer deux transformations revient à multiplier leurs matrices.

Écriture matricielle d’un système linéaire

Le système {2x+y=55x+3y=13\begin{cases} 2x + y = 5 \\ 5x + 3y = 13 \end{cases} s’écrit AX=BAX = B avec A=(2153)A = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 5 & 3 \end{pmatrix}, X=(xy)X = \begin{pmatrix} x \\ y \end{pmatrix} et B=(513)B = \begin{pmatrix} 5 \\ 13 \end{pmatrix}. Si AA est inversible, on multiplie à gauche par A1A^{-1} :

AX=B    X=A1BAX = B \iff X = A^{-1}B

Ici X=(3152)(513)=(21)X = \begin{pmatrix} 3 & -1 \\ -5 & 2 \end{pmatrix}\begin{pmatrix} 5 \\ 13 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 2 \\ 1 \end{pmatrix} : l’unique solution est (x;y)=(2;1)(x\,;\,y) = (2\,;\,1). Un système, quelle que soit sa taille, se résout donc par un calcul d’inverse et un produit.

Suites de matrices colonnes

Quand deux suites évoluent de façon couplée (deux populations qui échangent, deux comptes liés…), on les range dans une matrice colonne UnU_n et la relation de récurrence devient matricielle :

Un+1=AUn    Un=AnU0pour tout nU_{n+1} = AU_n \implies U_n = A^n U_0 \quad \text{pour tout } n

(récurrence immédiate : chaque étape multiplie par AA). Tout l’enjeu est alors de calculer AnA^n — d’où l’importance de la section sur les puissances. Le programme envisage aussi les relations Un+1=AUn+CU_{n+1} = AU_n + C avec une colonne constante CC : on s’y ramène en cherchant une colonne fixe VV telle que V=AV+CV = AV + C, puis en étudiant UnVU_n - V, qui vérifie la relation sans second membre.

Les pièges classiques

Trois automatismes à installer

Dimensions d’abord : avant tout produit, vérifie colonnes de AA = lignes de BB — et le produit d’une n×pn \times p par une p×qp \times q est une n×qn \times q. L’ordre compte : X=A1BX = A^{-1}B (multiplication à gauche), pas BA1BA^{-1}. Déterminant nul = pas d’inverse : vérifie adbc0ad - bc \neq 0 avant d’écrire A1A^{-1} — et pour contrôler un inverse, calcule AA1AA^{-1} : tu dois retrouver I2I_2, c’est une vérification gratuite.

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