Exercices — De la machine de Turing à l'intelligence artificielle
💡 Conseil : fais chaque exercice au brouillon avant d’ouvrir le corrigé — c’est en te trompant que tu progresses.
Exercice 1 — Combien pèse un texte ?
En codage ASCII non compressé, chaque caractère (lettre, chiffre, espace, ponctuation) occupe 1 octet. Une page de roman contient environ 3 000 caractères.
- Calculer la taille en octets, puis en kilooctets (ko), d’une page de texte. On rappelle : 1 ko = 1 000 octets.
- Calculer la taille d’un roman de 300 pages.
- Comparer avec les ordres de grandeur d’une photo de smartphone (quelques Mo) et d’une heure de vidéo (quelques Go). Que peut-on en conclure ?
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1. Une page occupe :
2. Le roman entier occupe :
soit un peu moins de 1 Mo (mégaoctet).
3. Une seule photo (quelques Mo) pèse plus lourd qu’un roman entier ; une heure de vidéo (quelques Go) équivaut à des milliers de romans. Le texte est très économe : ce sont les images et surtout les vidéos qui remplissent nos mémoires et saturent les réseaux. D’où l’enjeu de la compression.
Réflexe à retenir : la chaîne des unités — 1 ko = octets, 1 Mo = octets, 1 Go = octets. Texte : ko. Image : Mo. Vidéo : Go.
Exercice 2 — Prédire avec une courbe de tendance
Un site de location de vélos a relevé le nombre de locations selon la température de la journée. À l’aide d’un tableur, il ajuste le nuage de points par une courbe de tendance (ou courbe de régression) d’équation :
où est la température en °C et le nombre de locations prévues.
- Dans le vocabulaire de l’apprentissage automatique, comment appelle-t-on les données ayant servi à construire cette courbe ?
- Estimer le nombre de locations pour une journée à 20 °C.
- Le modèle prévoit combien de locations pour une journée caniculaire à 42 °C ? Ce résultat est-il crédible ? Pourquoi ?
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1. Ce sont les données d’entraînement : l’algorithme repère une tendance (ici une corrélation entre température et locations) sur des données connues, pour ensuite faire des prédictions sur de nouvelles données. C’est le principe de l’apprentissage automatique.
2. Pour :
3. Pour :
Ce résultat n’est pas crédible : par canicule, on loue sans doute MOINS de vélos, pas davantage ! La courbe a été construite sur des températures « habituelles » : en dehors de ce domaine, la tendance n’a aucune raison de se prolonger. Un modèle ne vaut que sur le domaine couvert par ses données d’entraînement — extrapoler au-delà mène à des prédictions absurdes.
Réflexe à retenir : avant d’utiliser une prédiction, demande-toi toujours si la valeur demandée ressemble aux données qui ont servi à entraîner le modèle.
Exercice 3 — Faux positifs : le piège du dépistage
Une maladie touche 4 % d’une population de 1 000 personnes. Un test de dépistage donne :
- un résultat positif chez 90 % des personnes malades ;
- un résultat positif (à tort) chez 5 % des personnes saines.
- Calculer le nombre de personnes malades et de personnes saines dans la population.
- Recopier et compléter le tableau de contingence :
| Test positif | Test négatif | Total | |
|---|---|---|---|
| Malades | |||
| Sains | |||
| Total | 1 000 |
- Définir « faux positif » et « faux négatif », et donner leur nombre.
- Parmi les personnes dont le test est positif, quelle est la proportion de personnes réellement malades ? Commenter ce résultat surprenant.
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1. Malades : personnes. Saines : personnes.
2. Chez les malades : positifs (et 4 négatifs). Chez les sains : positifs (et 912 négatifs).
| Test positif | Test négatif | Total | |
|---|---|---|---|
| Malades | 36 | 4 | 40 |
| Sains | 48 | 912 | 960 |
| Total | 84 | 916 | 1 000 |
3. Un faux positif est une personne saine dont le test est positif : il y en a 48. Un faux négatif est une personne malade dont le test est négatif : il y en a 4. (Les 36 malades testés positifs sont les vrais positifs, les 912 sains testés négatifs les vrais négatifs.)
4. Parmi les 84 tests positifs :
Moins d’une personne testée positive sur deux est réellement malade ! Comme la maladie est rare, les faux positifs (48), prélevés sur la grande masse des sains, dépassent les vrais positifs (36). C’est le principe de l’inférence bayésienne : remonter des effets (le test) aux causes (la maladie). Ce raisonnement s’applique aussi aux filtres anti-spam ou à la reconnaissance d’images.
Réflexe à retenir : « le test est fiable à 90 % » ne signifie PAS « 90 % des positifs sont malades ». Construis toujours le tableau de contingence avant de conclure.
Exercice 4 — Biais, corrélations et éthique (type contrôle ⭐)
Une entreprise a conçu une IA de tri de candidatures, entraînée sur les 10 000 recrutements effectués par l’entreprise durant les 20 dernières années — période où elle embauchait très majoritairement des hommes. Mise en service, l’IA écarte systématiquement les candidatures mentionnant des indices de féminité (prénom, club de sport féminin…), alors que le critère « genre » ne lui a jamais été donné explicitement.
- Identifier la source des données d’entraînement de cette IA et la nature des corrélations qu’elle a exploitées.
- Expliquer pourquoi l’IA reproduit ce comportement sans qu’on le lui ait programmé.
- Les indices repérés par l’IA sont-ils la cause des recrutements passés ? Que confond l’algorithme ?
- Expliquer pourquoi cet usage de l’IA pose un problème éthique, et proposer deux précautions pour limiter ce risque.
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1. Les données d’entraînement sont les recrutements passés de l’entreprise (10 000 dossiers sur 20 ans). L’IA y a repéré des corrélations entre certains indices présents dans les dossiers (prénoms, activités…) et la décision d’embauche : les dossiers « masculins » étaient plus souvent retenus.
2. L’apprentissage automatique ne suit pas des règles écrites par un humain : l’algorithme améliore ses prédictions en imitant les tendances des données. Comme les données reflétaient une pratique discriminatoire, l’IA a appris — puis amplifié — ce biais. La qualité et la représentativité des données sont essentielles : des données biaisées donnent une IA biaisée.
3. Non : un prénom n’a jamais causé une embauche. L’algorithme confond corrélation et causalité : il traite comme des critères de choix des indices simplement corrélés aux décisions passées. C’est une des grandes limites de l’apprentissage automatique : il repère des régularités, pas des causes.
4. Le problème éthique : l’IA discrimine des personnes selon leur genre, de façon opaque (personne n’a explicitement programmé ce critère) et à grande échelle, ce qui peut être contraire au droit. Précautions possibles : auditer les données d’entraînement pour vérifier leur représentativité, tester les décisions de l’IA sur des candidatures identiques ne différant que par le genre, et maintenir une supervision humaine des décisions finales.
Réflexe à retenir : au bac, la grille d’analyse d’une IA tient en trois questions — quelles données ? quelles corrélations ? quels biais et enjeux éthiques ? Applique-la à n’importe quel exemple qu’on te donne.
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