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Exercices — L'évolution comme grille de lecture du monde

💡 Conseil : fais chaque exercice au brouillon avant d’ouvrir le corrigé — c’est en te trompant que tu progresses.

Exercice 1 — Les mots de l’évolution

En Angleterre, au XIXᵉ siècle, la pollution industrielle a noirci les troncs des bouleaux. En quelques décennies, la forme sombre de la phalène du bouleau (un papillon nocturne), rare auparavant, est devenue majoritaire dans les régions industrielles, alors que la forme claire restait majoritaire dans les campagnes non polluées. Les oiseaux repèrent les phalènes posées sur les troncs et s’en nourrissent.

  1. D’où provient l’existence de deux formes (claire et sombre) chez la phalène ? Ce phénomène est-il dirigé par le milieu ?
  2. Expliquer, en utilisant le concept de sélection naturelle, pourquoi la forme sombre est devenue majoritaire dans les régions industrielles.
  3. Une même forme peut-elle être avantageuse dans un milieu et désavantageuse dans un autre ? Justifier avec l’exemple.
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1. Les deux formes proviennent de mutations apparues au hasard, avant tout changement du milieu. Le milieu ne provoque pas les mutations : il ne fait que trier parmi les variations déjà présentes.

2. Sur les troncs noircis, les phalènes claires sont très visibles pour les oiseaux : elles sont davantage mangées. Les phalènes sombres, mieux camouflées, survivent et se reproduisent plus : elles transmettent leur caractère à leur descendance. De génération en génération, la fréquence de la forme sombre augmente. C’est la sélection naturelle : une reproduction différentielle liée à un avantage dans un milieu donné.

3. Oui : dans les campagnes non polluées, les troncs clairs avantagent… la forme claire, qui y reste majoritaire. Un caractère n’est jamais avantageux dans l’absolu, mais seulement par rapport à un milieu. Si le milieu change, le sens de la sélection change aussi.

Réflexe à retenir : l’ordre du raisonnement est toujours variation au hasard → sélection par le milieu → évolution des fréquences. Jamais l’inverse !

Exercice 2 — L’antibiorésistance en chiffres

Dans une population de 1 000 000 de bactéries, 0,2 % portent une mutation qui les rend résistantes à un antibiotique. Un traitement élimine toutes les bactéries sensibles, mais aucune bactérie résistante. Les survivantes se multiplient ensuite jusqu’à reformer une population de 1 000 000 de bactéries.

  1. Calculer le nombre de bactéries résistantes avant le traitement.
  2. Quelle est la fréquence des bactéries résistantes juste après le traitement ? Et dans la population reformée ?
  3. La phrase « les bactéries ont appris à résister à l’antibiotique » est-elle correcte ? Reformuler correctement.
  4. Proposer deux mesures pour limiter le développement des antibiorésistances.
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1. On calcule :

1 000 000×0,2100=2 000 bacteˊries reˊsistantes1\ 000\ 000 \times \frac{0{,}2}{100} = 2\ 000\ \text{bactéries résistantes}

2. Juste après le traitement, il ne reste que les 2 000 résistantes : la fréquence des résistantes est passée de 0,2 % à 100 %. Comme la résistance se transmet à la descendance, la population reformée de 1 000 000 de bactéries est composée à 100 % de résistantes. L’antibiotique devient inefficace sur cette population.

3. Non : aucune bactérie n’a « appris » quoi que ce soit, et l’antibiotique n’a créé aucune mutation. Formulation correcte : « des bactéries résistantes, apparues par mutation aléatoire avant le traitement, ont été sélectionnées par l’antibiotique, qui a éliminé leurs concurrentes sensibles ».

4. Par exemple : ne prendre des antibiotiques que sur prescription et respecter la durée du traitement (limiter la pression de sélection inutile), éviter les antibiotiques préventifs massifs en élevage, développer de nouveaux antibiotiques et vaccins. C’est pour cela que les stratégies médicales doivent s’adapter en permanence à l’évolution rapide des microbes.

Réflexe à retenir : un antibiotique ne crée pas la résistance, il la révèle en éliminant la concurrence. Variation d’abord, sélection ensuite.

Exercice 3 — Des ravageurs qui résistent aux pesticides

Un insecticide est utilisé chaque année sur des cultures pour lutter contre un insecte ravageur. Le tableau donne la proportion d’insectes résistants à cet insecticide dans la population :

Année2005201020152020
Proportion de résistants1 %8 %35 %90 %
  1. Décrire l’évolution observée.
  2. Expliquer cette évolution à l’aide des concepts de variation et de sélection.
  3. Pourquoi ce phénomène est-il un problème pour l’agriculture ?
  4. Proposer une pratique agricole permettant de ralentir cette évolution.
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1. La proportion d’insectes résistants augmente fortement : quasi absente en 2005 (1 %), la résistance devient presque générale en 2020 (90 %). En quinze ans, la population a évolué.

2. Quelques insectes portaient, par mutation aléatoire, un caractère de résistance à l’insecticide. À chaque traitement, les insectes sensibles sont éliminés tandis que les résistants survivent et se reproduisent : l’insecticide exerce une pression de sélection qui augmente, génération après génération, la fréquence des résistants. Les pratiques agricoles humaines sont donc un moteur d’évolution des populations.

3. L’insecticide devient progressivement inefficace : les dégâts sur les cultures reprennent, alors même que le produit continue d’être épandu (coût, pollution, effets sur les autres insectes comme les pollinisateurs).

4. Par exemple : alterner des produits aux modes d’action différents, réduire les doses et les fréquences de traitement, pratiquer la rotation des cultures, ou utiliser la lutte biologique (prédateurs naturels du ravageur). Toutes ces pratiques réduisent ou diversifient la pression de sélection.

Réflexe à retenir : antibiorésistance et résistance aux pesticides, c’est le même mécanisme évolutif — savoir transposer un raisonnement d’un contexte à l’autre rapporte gros le jour du contrôle.

Exercice 4 — Notre anatomie raconte notre histoire (type contrôle ⭐)

Trois observations sur le corps humain :

  • Document 1. Chez l’être humain, le nerf qui relie le cerveau au larynx (situés à quelques centimètres l’un de l’autre) fait un long détour : il descend dans le thorax, contourne la crosse aortique, puis remonte jusqu’au larynx. Chez les poissons, dont le cou est inexistant, le trajet équivalent est direct.
  • Document 2. Les dents de sagesse sont absentes ou incluses (bloquées dans la mâchoire) chez une part croissante de la population humaine.
  • Document 3. Chez l’être humain, le bassin étroit favorable à la marche bipède rend l’accouchement long et difficile, alors que le cerveau du nouveau-né est volumineux.
  1. Pourquoi le trajet du nerf du document 1 est-il surprenant « d’un point de vue fonctionnel » ?
  2. Expliquer ce trajet en mobilisant la notion d’héritage de l’histoire évolutive.
  3. Quel phénomène évolutif illustre le document 2 ?
  4. Quel concept le document 3 illustre-t-il ? Expliquer pourquoi l’évolution ne produit pas des organismes « parfaits ».
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1. Si le corps humain avait été « conçu » de façon optimale, ce nerf relierait directement le cerveau au larynx. Son long détour par le thorax n’apporte aucun avantage fonctionnel : il est inexplicable si on ne raisonne qu’en matière de fonction.

2. Ce trajet s’explique par notre histoire évolutive : chez nos lointains ancêtres aquatiques, le trajet était direct. Au cours de l’évolution, l’apparition du cou et la descente du cœur dans le thorax ont étiré progressivement ce trajet, génération après génération. L’évolution ne repart jamais de zéro : elle modifie l’existant, quitte à conserver des bizarreries héritées du passé.

3. Une régression en cours : la mâchoire humaine a raccourci au cours de l’évolution, et les dents de sagesse, devenues inutiles voire gênantes, sont en voie de disparition dans l’espèce.

4. Un compromis sélectif : la sélection a favorisé à la fois un bassin étroit (efficace pour la bipédie) et un gros cerveau (avantage cognitif), deux exigences contradictoires au moment de la naissance. L’évolution ne « cherche » pas la perfection : elle résulte du tri des variations disponibles, avec du hasard, des contraintes héritées et des compromis. L’anatomie est le résultat d’une histoire, pas d’un plan.

Réflexe à retenir : devant une structure anatomique étrange, pose-toi deux questions — est-elle expliquée par sa fonction (sélection) ou par l’histoire évolutive (héritage, contrainte, compromis) ? C’est exactement la grille de lecture attendue au bac.


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